D’un bout à l’autre de l’échiquier
Entre les sionistes purs et durs et les militants des droits des Palestiniens,
la communauté juive française témoigne d’un réel pluralisme.[^2]
[^2]:
dans l’hebdo N° 1172 Acheter ce numéro
Celui-là est au sionisme ce que Dieudonné est à l’antisionisme. Guy Millière dénonçait, au printemps, les journalistes qui « participent à la préparation d’un nouveau génocide » , car « à la haine exterminationniste à l’encontre des Juifs s’est substituée une haine exterminationniste envers l’État du peuple juif [^2] » . Récidivant, il confesse aujourd’hui avoir « honte d’être français et de voir que [son] pays se place en position de chef de file européen du combat pour la reconnaissance et le financement d’un État palestinien. […] Pétain, il y a six décennies, de Gaulle, digressant sur le “peuple dominateur et sûr de lui” *, Chirac s’évertuant à sauver Saddam Hussein et, aujourd’hui, l’occupant actuel de l’Élysée… Demain, qui sait, un socialiste qui ferait pire encore, si c’est imaginable. Cela suffit ! [^3] »* . Ad nauseam…
À l’autre bout de l’échiquier, l’Union juive française pour la paix (UJFP) salue ainsi la candidature palestinienne aux Nations unies : « En soixante-trois ans et plus de catastrophe (Nakba), le peuple palestinien vit dépossession, expulsions, discriminations, épuration ethnique […]. Bénéficiant d’une totale impunité […], Israël est engagé dans une annexion totale. » En conséquence de quoi, l’association « soutient la demande palestinienne » , tout en entendant « les objections formulées par des groupes palestiniens ou par plusieurs branches des mouvements de solidarité européens » . Car « tout resterait à dé-faire : l’occupation, la colonisation, l’annexion de Jérusalem-Est, l’accaparement des ressources » .
Entre ces deux pôles s’exprime une vaste gamme de positionnements, reflet – non mécanique, bien sûr – d’un réel pluralisme : d’origine, religieux, de statut social, de sensibilité politique et d’engagement dans les institutions juives. Quelques rencontres suffisent à en prendre la mesure.
Professeur émérite des universités, Moshé va sur ses 89 ans – dont quelque vingt mois à Auschwitz et dans les « Marches de la mort ». Ce passé peuple souvent ses nuits et marque sa vision du conflit israélo-palestinien. « Les survivants ont vu le visage hideux des SS derrière le terrorisme, de Munich [allusion à l’attaque contre des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de 1972, NDLR] aux attentats-kamikazes. Le Hamas à Gaza nous rappelle le nazisme. » Pourtant, ce Juif agnostique, attaché à Israël sans jamais s’y