Évasion garantie

Thierry Brun  • 20 octobre 2011 abonné·es

Nicolas Sarkozy annonçait la fin des paradis fiscaux lors d’un sommet du G20 en 2009. « L’ère du secret bancaire est terminée » , décrétait le club de pays riches, qui s’engageait à lutter contre ces territoires opaques comme les îles Caïmans, leader mondial dans l’accueil des fonds spéculatifs, qui portent une lourde responsabilité dans l’aggravation de la crise financière.

Deux ans et demi plus tard, les ONG et les mouvements sociaux craignent que le G20 de Cannes, prévu les 3 et 4 novembre, ne passe sous silence ces noirs paradis, alors qu’un rapport, rendu public le 13 octobre par le CCFD-Terre solidaire, fait le point sur l’action du G20 en 12 questions [^2]. Par exemple, celle-ci : « Les paradis fiscaux ont-ils disparu ? »

Les listes officielles de territoires non coopératifs – un véritable maquis – laissent penser que oui. Par exemple, le Groupe d’action financière (Gafi), organisme intergouvernemental de lutte contre le blanchiment, ne recense plus qu’une dizaine de pays sur sa liste noire. Or, le CCFD s’appuie sur l’étude de Tax Justice Network, réseau d’ONG et de chercheurs, qui montre qu’il n’en est rien et relève que 54 territoires cultivent « un fort degré d’opacité » .

Le G20 est lui-même dans l’incapacité de publier une liste exhaustive des paradis fiscaux et est resté en panne de mesures ambitieuses. Il porte ainsi une lourde responsabilité dans la non-résolution de la crise financière. Au début de l’année, la présidence française a affiché « la volonté de publier à l’occasion du G20 de Cannes une nouvelle liste sur la base des rapports du Forum fiscal mondial. Elle y a renoncé » , souligne le CCFD.

L’Allemagne et la Grande-Bretagne ont même cédé aux sirènes suisses en acceptant la préservation du secret bancaire et sont accusés de saper les quelques efforts internationaux pour promouvoir la transparence fiscale.
Le CCFD rappelle aussi que les paradis fiscaux et l’évasion fiscale « ruinent les États, et [que] les premières victimes restent les pays pauvres : chaque année, ce sont près de 800 milliards d’euros de flux illicites qui s’échappent dans ces “trous noirs” de la finance mondiale » . Il y a une quinzaine d’années, un juge parmi quelques autres, Renaud Van Ruymbeke, avait déclaré : « Tant qu’il y aura des paradis fiscaux, on ne pourra pas lutter contre la corruption. » Cette phrase risque de rester encore longtemps d’actualité si les multinationales ne sont pas contraintes de « faire toute la lumière sur l’ensemble de leurs activités dans tous les pays où elles interviennent » et si les États ne mettent pas fin aux sociétés écrans qui pullulent dans les paradis fiscaux, comme le recommande le CCFD.

[^2]: (1) Paradis fiscaux : le G20 de la dernière chance, CCFD-Terre solidaire. Téléchargeable sur le site de l’ONG : http://ccfd-terresolidaire.org/ewbpages/i/info2651.php

Économie
Temps de lecture : 3 minutes