Viol, une société sourde

Ingrid Merckx  • 27 octobre 2011
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Dire : « J’ai été violée. » Puis : « Nous avons été violées. » Passer du secret et du tabou à la prise de conscience individuelle, puis à la prise de parole pour une reconnaissance collective. Tel est l’enjeu pour les victimes de viol, qui sont à 80 % des femmes, de 6 mois à 80 ans… Une femme sur six serait victime d’un viol ou d’une tentative de viol dans sa vie. Il y aurait environ 75 000 viols en France chaque année, soit 206 par jour. Mais 10 % seulement des victimes portent plainte. Briser le silence est nécessaire, pour les victimes mais pour tout le monde, car la société entière est responsable de cette culture du déni autour du viol, de cette difficulté à dissocier viol et sexualité – quand le viol est un crime qui utilise les organes sexuels – et à se défaire de l’emprise de la domination masculine sur les consciences.

Depuis 1980, une fellation imposée est un viol, un inceste aussi. Depuis les années 2000, les victimes parlent un peu plus, surtout les jeunes, mais encore trop peu. Par peur, par honte, par gêne. Parce que les mots sont difficiles, l’instruction d’une plainte éprouvante, la reconnaissance tardive ou infime. Parce qu’elles se sentent responsables de quelque chose, parce qu’elles n’ont pas « résisté », parce qu’elles n’ont pas de « preuves », et parce que souvent, pour ne pas dire systématiquement, on met leur parole en doute. « Le dire publiquement est un acte politique ! » , lance Clémentine Autain, féministe, codirectrice du mensuel Regards et auteur d’Un beau jour… combattre le viol (Indigènes). L’entendre aussi.

Publié dans le dossier
Et si on leur disait merde ?
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