2012 : la chasse aux maires est ouverte

À l’occasion du 94e congrès des maires, 7 000 élus locaux ont rendez-vous à Paris jusqu’au 24 novembre pour trois jours dédiés à la vie des collectivités locales et régionales. Mais le rassemblement attire aussi les candidats en mal de parrainage pour 2012 dans les allées de la Porte de Versailles. Reportage.

Matthieu Balu  • 23 novembre 2011
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2012 : la chasse aux maires est ouverte
© Photo : Matthieu Balu

La scène se déroulait légèrement en retrait du grand hall accueillant les visiteurs au premier jour du Congrès de Maires et des collectivités locales, le 22 novembre, dans une salle réservée par le Front national. Comme chaque année précédant une élection présidentielle, le parti d’extrême-droite avait rodé son argumentaire : le Front national, malgré sa popularité, risquerait de ne pas pouvoir présenter les 500 signatures nécessaires pour présenter un candidat à l’élection présidentielle. Un message qui s’adresse principalement aux maires des 32 000 communes rurales, qui font l’essentiel des possibilités de parrainage.

« Je ne veux surtout pas être étiquetée »

Dans les allées, les maires débarqués en groupe de bus affrétés par EDF ne semblent guère prêter attention aux tracts que l’on leur tend, dès l’entrée du parc de la Porte de Versailles, aux couleurs de « petits » candidats : les supporters de Jean-Pierre Chevènement, ou un peu plus loin de Christine Boutin, tentent comme Marine le Pen d’arracher les précieuses promesses de signature. «  Je ne signe rien » , lâche, un brin irrité, Grégoire Super, maire du petit village de Locminé (Morbihan). «  C’est aberrant , reprend-il. Pourquoi 500 parrainages pour pouvoir se présenter ? Tout le monde devrait pouvoir briguer la présidence. Je refuse d’alimenter ce système.  »

Même son de cloche chez Pierre Mounet, maire du village de Saint-Cyprien (Dordogne) «  Moi, je renvoie tout le monde dans les Talenquères, comme on dit dans ma région  », s’amuse-t-il. Sans étiquette, il refuse, pour la première fois depuis sa première élection à la tête de la ville en 2001, de donner sa signature à quelque candidat que ce soit. «  Le système me sort par les yeux. On est pris d’assaut par courrier, téléphone, mail…c’est de la mendicité électorale » . Comme beaucoup de maires de petites villes, il répond à la pression des signatures par un refus pur et simple : pour ne pas avoir à trancher… et risquer des déplaire à ses administrés. Une préoccupation partagée par Annie Camuel, qui ne souhaite pas se mettre à dos les 800 âmes de son village d’Ecrosnes (Eure-et-Loire) à cause d’un parrainage : « Le principe des 500 signatures, ce n’est pas idiot, mais je ne veux surtout pas être étiquetée . » Et si le parrainage devenait anonyme, comme le réclame le FN ? «  Dans ce cas, oui, pas de problème », approuve-t-elle.

Les enjeux locaux d’abord

Dehors, à l’approche de l’heure du déjeuner, les élus sortent le temps d’un sandwich, équipés de leur mallette cadeau siglée « Association des Maires de France ». Dans les allées du Salon des maires, volets commercial du Congrès où l’on expose mobilier urbain et offres de services aux élus, les affaires continuent. «  On vient là pour être inf ormés, explique Michel Priollaud, maire de Listrac (Périgord), et parler des sujets qui nous touchent . » Pour tous, la conférence sur la réforme territoriale est au coeur de toutes les discussions, et l’objet de nombreuses interrogations : la course aux signatures n’est pas dans les têtes, et la « juste représentation » des candidats encore moins. Investi par l’UMP, Michel Priollaud a pourtant «  signé pour les chasseurs  » , le parti Chasse, pêche nature et tradition représenté par Frédéric Nihous, sans que cela provoque le moindre froncement de sourcils dans le parti présidentiel : «  Dans ma ville, beaucoup sont adeptes de la chasse. Et puis les chasseurs, ce n’est pas vraiment craignos pour Sarkozy… Je n’ai pas eu la moindre remarque venant de l’UMP. Bien sûr, si j’avais choisi de signer pour le FN, ce serait différent !  »

Choisir un candidat en fonction d’une réalité locale, c’est aussi la philosophie de Gérard Guineton, à la tête de la commune rurale de Monestier-Merline (Corrèze) : «  Chacun se débrouille au niveau local. Regardez chez nous : au Conseil général, on est passés de Chirac à Hollande. Ils ne vont pas décider à ma place ! J’ai parrainé Sarkozy en 2007, et je vais sans doute faire pareil cette année, parce que j’approuve son action, et c’est que qu’attendent les électeurs. Il faut prendre les élus pour des adultes !  » Loin du ballet des petits candidats venus ou attendus, les maires ruraux semblent loin des appareils… et des appels au « civisme » de Marine le Pen.

Politique
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