L’autre côté de l’histoire

Le passionnant « roman vrai » de la guerre d’Algérie,
loin des zones d’ombre
de l’histoire officielle.

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Nous sommes beaucoup à avoir d’abord « lu » la guerre d’Algérie dans les livres d’Yves Courrière. Quatre tomes que l’on a dévorés passionnément. Avant que des historiens du sérail nous invitent à une lecture plus critique.
Le souvenir de ces premières lectures nous est venu en lisant cette Guerre d’Algérie vue par les Algériens , écrite par l’historien Benjamin Stora et le journaliste Renaud de Rochebrune. Au fil des pages, nous avons plus pensé à Courrière – ce qui pour nous n’est pas infamant – qu’à un travail de chercheur.

C’est sans doute, comme le souligne Mohammed Harbi dans sa préface, le résultat d’une « accumulation historiographique » (à commencer par l’œuvre de Harbi lui-même) qui assure évidemment la fiabilité de l’ouvrage, avant que celui-ci ne prenne la forme linéaire d’un « roman vrai ».

Pour reconstituer cette trame serrée qui fait le plaisir de lecture, les auteurs ont dû affronter une autre difficulté qui, une fois surmontée, confère à cette Guerre d’Algérie sa véritable originalité. Il a fallu déjouer les pièges de ce que Harbi appelle « la fabrication par le colonisateur d’une légende noire » , puis briser les mythes d’une histoire réécrite pour la cause du nationalisme algérien. Il a fallu éclairer les zones d’ombre occultées par une histoire devenue officielle, dont « la guerre dans la guerre » qui a conduit à l’anéantissement par le FLN des troupes de Messali Hadj, l’ancêtre qui n’a pas pris la mesure des changements de rapports de force dans le camp algérien. Mais cet autre côté de l’histoire permet aussi de réévaluer le rôle de personnalités qui n’ont pas eu, et pour cause, la postérité d’hommes comme Ahmed Ben Bella, Hocine Aït-Ahmed ou même Mohamed Boudiaf et Belkacem Krim.

On pense notamment à Abane Ramdane, qui fédéra toutes les composantes de la guérilla, et contribua à l’élimination militaire ou politique (ce fut le cas du PC algérien) de ceux qui regimbaient ou s’opposaient.

Le récit de la longue marche vers le lieu improbable du congrès de la Soummam, à l’été 1956, témoigne à la fois de la détermination de ces hommes et de la fragilité de leur entreprise. Il a fallu rapidement obtenir le ralliement de notables comme Fehrat Abbas, des oulémas, du mouvement syndical… Avant que Ramdane lui-même soit, un an et demi plus tard, victime de l’un de ces épisodes peu glorieux de la guerre au sein du FLN.
D’autres figures, souvent réellement héroïques, comme Larbi Ben M’Hidi, défilent dans ce récit qui s’arrête avec la fin de la bataille d’Alger, à l’été 1957. Une victoire militaire, mais une défaite politique pour la France, qui ouvre un deuxième chapitre de l’histoire, objet d’une suite au présent ouvrage. Nous y reviendrons en temps voulu puisque 2012 sera (aussi) l’année des 50 ans de l’indépendance algérienne.


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