Quand la « vérité » squatte le discours des candidats

Mickaël Guiho  • 22 décembre 2011 abonné·es

«Je veux tenir un langage de vérité », « La vérité, c’est que… », « Il faut dire la vérité aux Français »… Des plateaux de télé aux studios de radio, en passant par les pupitres des ­meetings et diverses allocutions, certains hommes politiques abusent en ce moment de « la vérité ». Dans le discours de Toulon du 1er décembre, Nicolas Sarkozy a employé le mot une dizaine de fois.

L’occurrence était moindre dans le discours d’investiture, le 22 octobre, de François Hollande, mais le candidat socialiste a quand même élevé « la vérité » au rang de « principe » premier, dont il se disait armé tel un chevalier pour sa candidature à la présidentielle.

« L’arme de la vérité » est également le choix de François Bayrou, si l’on en croit son discours à la Maison de la chimie du 7 décembre (quatre occurrences en trente minutes).

Pour invoquer de manière aussi pressante la vérité, il faut que la classe politique française ait quelque chose sur la conscience. L’abstention et la tentation de l’extrême droite, sans doute, qui sont les symptômes les plus évidents de la méfiance des Français à l’égard de leurs représentants habituels. Dans la dernière vague de résultats du Baromètre de la confiance du Cevipof (octobre 2011), 50 % des sondés disent n’avoir jamais eu confiance ni en Nicolas Sarkozy, ni en François Bayrou, ni en François Hollande !

Pour renouer ce lien démocratique passablement distendu avec les Français, les trois candidats tentent de donner des gages d’honnêteté, d’intégrité, et surtout de sincérité. D’où les incantations, à tout bout de discours, de la vérité. Qu’ils marient avec ­rigueur, désendettement, effort, ­sacrifice… Ne pouvant plus rivaliser dans les promesses, les hommes politiques en sont réduits à faire valoir leur courage d’affronter la dure réalité.

Mais cette histoire de vérité n’est pas seulement un gimmick de campagne. Dans les discours de Nicolas Sarkozy, de François Bayrou et de François Hollande, elle est avant tout destinée à tuer toute possibilité de débat. C’est pour chacun d’eux une manière d’affirmer qu’il incarne la seule lucidité possible sur la crise actuelle, et que toute contestation ne peut appartenir qu’au détestable camp du mensonge.

Ainsi, ce recours incessant à la vérité vient tenter de masquer les enjeux profondément idéologiques qui entourent la crise actuelle. Comme si cette vérité, s’alliant à la fatalité, devait, avant toute chose, empêcher l’ouverture d’un débat sur les responsables de la crise, qu’il s’agisse d’individus ou de mécanismes.

Politique
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