Annonces de Sarkozy : Entreprises 1 – Citoyens 0

Baisse des charges patronales, fin des 35h et hausse de la TVA : Nicolas Sarkozy « libère le travail » et étouffe salariés et consommateurs.

Xavier Frison  • 29 janvier 2012
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© Photo : LIONEL BONAVENTURE / POOL / AFP

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Diminuer le coût du travail en faisant payer les consommateurs à la place des entreprises. Comme prévu, le principe phare du « projet 2012 » adopté par les militants UMP le 28 janvier a été repris par Nicolas Sarkozy dimanche soir, lors d’une allocution télévisée digne du temps de l’ORTF avec une diffusion sur huit chaînes en simultané. Le président a annoncé une hausse du taux de TVA de 19,6 à 21 % -et deux points de plus pour la CSG sur les revenus financiers-, pour compenser l’exonération des cotisations patronales qui financent la branche famille de la sécurité sociale (les allocations familiales) sur les salaires de 1,6 à 2,1 fois les Smic. Avec un fol espoir : voir les entreprises embaucher plus par la seule grâce de cet allègement mécanique de charges.

Rien, pourtant, ne les contraint à suivre les désirs de l’Élysée. Les grandes entreprises pourront embaucher, ou plus cyniquement redistribuer plus de dividendes aux actionnaires… Pour les petites sociétés, l’argent dégagé pourra très bien tomber directement dans la poche du patron. L’exemple du cadeau fiscal fait à la restauration en 2009 (passage de la TVA de 19,6 à 5,5 %) ne plaide pas en faveur de la mesure très idéologique annoncée par Nicolas Sarkozy : aucun « effet d’embauches » manifeste dans le secteur, et des prix à la carte qui n’ont pas bougés pour les consommateurs. Ces derniers subiront le deuxième effet des annonces présidentielles avec une augmentation de 1,6 point de la TVA « normale ». Une hausse nécessaire pour compenser le cadeau fait aux entreprises qui touche de facto le porte-monnaie de tous les Français, les plus modestes inclus. La mesure entrera en vigueur le 1er octobre… si Nicolas Sarkozy est encore président de la République.

Les autres mesures

  • Dès février et pour les trois années à venir, « tout terrain, toute maison, tout immeuble verra ses possibilités de construction augmenter de 30 % » . Ce sera « bénéfique pour l’emploi et pour le logement » , estime Nicolas Sarkozy, qui s’empare étrangement de cette situation critique à la toute fin de son quinquennat. Encadrer les loyers, comme le fait l’Allemagne, et comme le réclament les associations du logement, de solidarité et de nombreux politiques ? « C’est le contraire de ce qu’il faut faire » . Libérer des terrains à construire ? « Nous allons le faire aussi. Mais c’est tellement compliqué juridiquement. »

  • Négociations sur la durée du travail par entreprises, et non par branches. « Les accords d’entreprise sur le temps de travail s’imposeront à la loi » . Autrement dit, « on tourne la page des 35 heures » et l’on travaillera plus pour gagner moins. La « négociation » prend en outre le pas sur le Code du travail, ouvrant la porte à toutes les déréglementations.

  • Taxe sur les transactions financières à hauteur de 0,1 %, applicable en août de cette année. « On espère ramener un milliard d’euros » . À comparer aux 11 milliards que rapportera la hausse de la TVA supportée par les citoyens…

  • Création d’une banque de l’industrie, filiale d’Oseo, abondée à hauteur d’un milliard d’euros. « Les banques ne prêtent pas assez et trop cher » , dit Nicolas Sarkozy. À venir en février.

  • Les entreprises de plus de 250 salariés devront compter dans leurs effectifs au moins 5 % de jeunes en alternance ou en apprentissage. Sanctions doublées pour les entreprises qui ne respectent pas le quota.

Politique
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