À flux détendu

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Qui n’a pas en tête la splendide mélodie que Georges Delerue a offerte à Godard pour son Mépris  ? Ou les ritournelles de Nino Rota chez Fellini ? Ou encore l’angoissante partition du Vertigo d’Hitchcock, signée Bernard Herrmann ? Quand elle n’est pas un simple accompagnement ou un artifice pour susciter l’émotion – ce qu’elle est trop souvent –, la musique est une composante à part entière de l’art cinématographique, à la syntaxe spécifique bien qu’intimement liée à l’image.

De ce point de vue, le livre qui paraît ces jours-ci chez Capricci, Deux Temps trois mouvements (266 p., 18 euros), sous-titré « Un pianiste au cinéma », est absolument passionnant. Constitué d’un long entretien mené par deux spécialistes du cinéma mélomanes, Jean Narboni et Marc Chevrie, interrogeant un grand pianiste cinéphile, Philippe Cassard, il est l’occasion non d’un étalage d’érudition, mais d’un voyage pénétrant dans tout – absolument tout – ce qui « fait » musique au cinéma. Car c’est l’esprit ouvert, tous sens dehors et avec une profonde intelligence, que Philippe Cassard aborde films et cinéastes.

La preuve : le livre s’ouvre sur l’importance des silences chez Bresson et Melville, et sur la dimension symphonique des films (muets) de Stroheim et de Murnau. On va ainsi, page après page, de surprises en analyses éclairantes, entre connaisseurs qui ont le goût du partage, et avec un Philippe Cassard libre de ses paroles (il formule ses réticences vis-à-vis des Straub) et de ses mouvements de l’esprit, passant de Bergman et Schubert au Sacrifice de Tarkovski, d’Henri Duparc et Peau d’âne de Jacques Demy à Miller’s Crossing des frères Cohen.

Il y a des signes qui ne trompent pas : ce livre donne envie de (re)voir tous les films dont il est question
et de (ré)écouter toutes les pièces de musique citées à l’aune des propos tenus. Un bonheur.


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