Les écosystèmes mis à prix
dans l’hebdo N° 1205 Acheter ce numéro
Mangrove ou station balnéaire ? Partout dans le monde, les écosystèmes littoraux font rarement le poids devant les projets d’aménagement : le profit passe par le bétonnage. Depuis quelques années, les économistes révisent pourtant leurs canons de rentabilité. Les mangroves, qui bordent la majeure partie des côtes tropicales, fournissent d’inestimables « services » à la collectivité, dont la valeur est largement négligée. Ces marais de bord de mer comptent parmi les zones les plus riches en vie animale, notamment aquatique. Ils font vivre les communautés locales, filtrent les eaux, stabilisent le rivage, qu’ils protègent des tempêtes.
En 2008, sous la direction du banquier Pavan Sukhdev, un groupe de travail international publiait un rapport pionnier très remarqué ^2 sur l’économie des écosystèmes et de la biodiversité : d’immenses sources de profit ignorées, affirment les auteurs, qui calculent qu’un investissement de 45 milliards de dollars par an dans les seules aires protégées fournirait dix fois plus de valeur en « services » divers. Replanter une mangrove peut ainsi accroître de 80 % la densité de poissons d’une aire côtière, ce qui place ces écosystèmes parmi les gisements de profits les plus spectaculaires.
D’autres études montrent que la restauration d’ « infrastructures naturelles » (comme elles sont décrites) peut offrir jusqu’à 79 % de taux de rentabilité interne et un rapport bénéfices-coûts de 75, ratios de retour sur investissement qui ridiculisent la plupart des projets industriels. Un environnement protégé, générant prospérité, emplois et bien-être social : voilà l’« économie verte » à l’œuvre !
Le concept, en vogue depuis quelques années, devrait trôner dans les débats du sommet Rio+20,