La gauche du Parti socialiste hésite

Au sein du courant de Benoît Hamon, le débat a fait rage autour du dépôt d’une motion au prochain congrès du PS.

Pauline Graulle  • 13 septembre 2012 abonné·es

La gauche du PS déposera bien une motion au congrès de Toulouse. Mais elle ne sera sans doute plus portée par le courant de Benoît Hamon, devenu ministre de l’Économie sociale et solidaire. Pendant des jours, le débat a fait rage au sein du courant Un monde d’avance, chez ceux-là même qui avaient porté la voix de « l’aile gauche » du PS au congrès de Reims en 2008. En début de semaine – à l’heure où nous bouclons –, les « hamonistes » disaient n’avoir pas encore tranché officiellement, faisant durer le suspens pour ne dévoiler leur décision que mercredi, lors du Conseil national d’enregistrement des motions [^2]. Ils laissaient toutefois présager de la suite des événements : une très probable scission de leur courant avec, d’une part, une majorité refusant d’aller jusqu’à la motion et, de l’autre, un groupe de « récalcitrants », composé notamment de la sénatrice Marie-Noëlle Lienemann, du député de l’Essonne Jérôme Guedj, du secrétaire national Emmanuel Maurel et de l’ancien inspecteur du travail Gérard Filoche, qui, eux, déposeraient une motion de leur côté.

Derrière l’aspect « tambouille politicienne » de l’affaire du dépôt, ou non, d’une motion au congrès de Toulouse en face de celle d’« Aubry-Ayrault », se trame un enjeu d’importance. Il s’agit, ni plus ni moins, de définir le poids de la gauche du PS au sein du parti durant le quinquennat à venir. Si l’ensemble des « hamonistes » veulent, évidemment, peser, les anti-motion et les pro-motion défendent chacun leur stratégie pour arriver à leurs fins. La voie de la « négociation » pour les premiers, « celle du vote » pour les seconds, résume Jérôme Guedj. C’est en effet le vote des militants pour telle ou telle motion qui détermine ensuite la répartition des postes de direction. Pour les « anti », il s’agit d’éviter de se mettre à dos les huiles de la rue de Solferino. Ces dernières, obsédées par l’affichage de l’union de la gauche derrière un Président fragilisé dans l’opinion, ont déjà été échaudées par les débats naissants autour du traité budgétaire européen. En dépit des avertissements de la première secrétaire, Martine Aubry – qui, selon un cadre du parti, craint la « contagion » –, les 22 députés d’Un monde d’avance ont décidé de voter contre la ratification du traité. Dans ce contexte, le dépôt d’une motion ferait figure de casus belli entre la direction du parti et son aile gauche, avancent les « anti ». «   En votant “non”, on délivre un message suffisamment fort pour ne pas ajouter en plus une guérilla en interne », plaide Pascal Cherki, député-maire du XIVe arrondissement parisien. « On est plutôt dans l’état d’esprit d’aider l’exécutif à faire bouger les choses. La meilleure option, c’est de rester populaires et que Benoît [Hamon] monte en puissance », ajoute le député européen Liêm Hoang-Ngoc. Pour Razzy Hammadi, député de Montreuil, « l’expérience de l’aile gauche, qui se résume au poil à gratter, n’a pas montré son efficacité. Pendant vingt ans, on a présenté des motions, et on se rend compte que notre action n’a jamais été aussi concluante que depuis trois ans ».

Pour les « pro », c’est précisément parce que l’aile gauche a toujours tenu à faire entendre ses idées par le dépôt d’une motion (sauf en 1981) qu’il n’y a aucune raison d’y renoncer aujourd’hui. « Déposer une motion est une manière d’incarner le débat à l’intérieur du PS », souligne Jérôme Guedj, qui indique que, lors d’une réunion d’Un monde d’avance organisée en marge de l’université d’été de La Rochelle, « la base était plutôt favorable à l’idée de la motion ». « Un congrès, ce n’est pas un séminaire, il faut faire vivre le débat au sein du PS, ajoute Emmanuel Maurel. Les divergences doivent être arbitrées par les militants. » Reste que le louable volontarisme démocratique pourrait coûter davantage de « places » aux représentants de l’aile gauche. Ceux-ci risquent en effet de rassembler beaucoup moins de voix sur leur texte qu’en 2008, quand l’heure était encore au débat d’idées, au sein d’un parti en pleine préparation de la présidentielle. Une époque qui semble bel et bien révolue.

[^2]: Les motions déposées au Congrès du PS, organisé les 26, 27 et 28 septembre à Toulouse, seront en ligne sur le site Internet du PS au plus tard le jeudi 13 septembre à minuit.

Politique
Temps de lecture : 4 minutes

Pour aller plus loin…

Après des jours de négociations, le Nouveau Front populaire en proie à mille et un doutes
Politique 12 juillet 2024

Après des jours de négociations, le Nouveau Front populaire en proie à mille et un doutes

Coalition, Premier ministre, contrat de gouvernement… Socialistes, écologistes, communistes et insoumis tentent d’imaginer des voies de sortie pour accéder au pouvoir. Mais encore faut-il réussir à accorder ses violons.
Par Lucas Sarafian
« Macron s’épanouit dans le chaos mais il joue avec le feu »
Enquête 12 juillet 2024

« Macron s’épanouit dans le chaos mais il joue avec le feu »

Le maintien de Gabriel Attal à Matignon est une situation inédite qui pose un réel problème politique et démocratique. À gauche, le Président est attaqué sur ses accommodements avec la Constitution et son refus de reconnaître le résultat des urnes.
Par Nils Wilcke
« Être arrivé si près du but ne peut qu’encourager le RN à aller plus loin »
Entretien 10 juillet 2024

« Être arrivé si près du but ne peut qu’encourager le RN à aller plus loin »

À l’issue des législatives anticipées, le Rassemblement national a remporté 143 sièges. Un résultat en deçà des attentes du parti, lequel gagne néanmoins du terrain partout et va continuer à bénéficier d’une dynamique électorale, estime la politiste Nonna Mayer.
Par Pauline Migevant
« Désormais tout commence »
Enquête 10 juillet 2024

« Désormais tout commence »

Une mobilisation historique de la société civile a permis au Nouveau Front populaire de déjouer les pronostics le 7 juillet. Malgré cette première victoire, tous et toutes appellent à la vigilance et à la construction d’un vrai mouvement de fond pour contrer l’extrême droite.
Par Pierre Jequier-Zalc