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Les lycéens de Mantes-La-Jolie et la « possibilité » Science-Po

Au lycée Saint-Exupéry, Sciences-Po est un objectif pour certains élèves, et une occasion de créer une dynamique pour leurs professeurs.

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Bienvenue à Mantes-La-Jolie, 44 000 habitants, entre pavillons de Gassicourt et barres du Val Fourré. En bonne banlieue, Mantes a ses logements sociaux, sa réputation sulfureuse, et ses lycées ZEP. Saint-Exupéry fait partie des lycées qui ont adhéré aux conventions d’éducation prioritaire de Sciences-Po.  

Dix ans après leur création, les articles se multiplient, louant ce dispositif qui, pourtant, ne faisait pas l’unanimité. Une entrée par la petite porte, sans concours, avec une revue de presse et deux entretiens pour des jeunes « sociologiquement ciblés », ça a fait grincer des dents. « Discrimination », « solution à court terme », le projet est même passé par le Conseil Constitutionnel. Aujourd’hui, la grande école s’enorgueillit de ses 10% d’étudiants originaires d’un milieu défavorisé. Une réussite… Ce qui n’est malheureusement pas évoqué dans cette pluie de louanges, c’est le travail des élèves, qui cumulent parfois ces heures de cours supplémentaires et un petit boulot, en dehors du lycée. C’est aussi le dynamisme des équipes enseignantes, qui ont ajouté des heures à leur travail hebdomadaire. Sciences-Po tente de lutter contre l’homogénéité de son recrutement, les enseignants du lycée de Saint-Exupéry s’occupent, eux, d’ouvrir des portes. 

50 heures allouées par l'Éducation nationale

Le lycée Saint-Exupéry de Mantes-La-Jolie a été parmi les premiers à demander le conventionnement avec Sciences-Po, un engagement qui, pour l’équipe enseignante, ne s’arrête pas à une signature. Restaient les heures d’atelier du mercredi après-midi à organiser, les journaux à commander, et les élèves et leurs questions à gérer. En échange, l’Éducation nationale leur alloue une somme équivalant à 50h de travail. « Cela représente à peine un mois de travail », estime Nathalie Coste, professeure d’Histoire-Géographie et coordinatrice de l’équipe. Depuis 2010, la Communauté d’Agglomération de Mantes-en-Yvelines subventionne l’opération à hauteur de 10 000 euros. De quoi faire venir des conférenciers, payer des abonnements de presse, et peut-être, rémunérer quelque peu les heures de travail supplémentaires.

Résultat, le dispositif est maintenant connu au sein du lycée. Tous les ans, les candidats sont plus nombreux, et cette possibilité fait maintenant partie du paysage. « Auparavant, les quelques élèves qui s’inscrivaient étaient considérés comme des bêtes curieuses, des intellos. Aujourd’hui je crois que chacun a compris qu’ils sont comme n’importe quelle personne de ce lycée, et que chacun peut tenter », estime Nathalie Coste. Ceux qui essayent appartiennent toutefois à des filières généralistes, aucun d’entre eux n’est redoublant et ils sont au nombre de 26, contre 70 à la première réunion d’information. 

S’ouvrir des possibilités

Pour ces 26 élèves, Sciences-Po semble un idéal prestigieux. Selon certains c’est un but, un unique objectif. « Sinon j’aurai fait tout ça pour rien », explique Nabil, qui veut étudier le droit. Pour d’autres, comme Marine, l’école n’est qu’un chemin possible. « Sciences-Po c’est pour le prestige, c’est sûr que si j’y suis admise, c’est bien. Mais je fais surtout cette formation pour elle-même, parce qu’elle donne plus de possibilités », déclare-t-elle. À l’arrivée, la moitié des candidats, environ, va diversifier le profil des étudiants Sciences-Po, les autres se dirigent vers les universités. Selon l’équipe enseignante, ils sont de plus en plus nombreux à suivre les ateliers non plus uniquement pour Sciences-Po, mais pour la possibilité de parler de l’actualité par exemple. Cette après-midi-là, Pascal Boniface, directeur de l’Institut des relations internationales et stratégiques, et ancien élève de « St-Ex », est venu donner une conférence devant l’ensemble des terminales sur « les mutations stratégiques mondiales » , et aider les élèves candidats à choisir leur sujet de revue de presse. 

Liban, Syrie, Chine et Afrique, pauvreté aux États-Unis, narcotrafiquants au Mexique, mariage homosexuel et crise financière. Vraiment ? Les jeunes de « banlieue » sont intéressés par cela ? Pendant la conférence, la salle était attentive, avec toujours, bien sûr, quelques tweets et commentaires à mi-voix, troublant le silence. Est-ce si surprenant ? Pour l’équipe enseignante, le dispositif a créé une émulation. « Il permet d’enseigner autrement , explique Laurent Gayme, professeur d’Histoire-Géographie. Nous poussons les élèves à parler devant les autres et à argumenter leurs choix et leurs points de vue. Et ils en parlent aux autres, qui ne suivent pas la formation. » Les élèves s’échangent des suggestions d’orientation, ce qui dénote un regain de curiosité. Pour Nathalie Coste, « cela paraît peu, mais l’intérêt de quelques-uns crée une dynamique d’ensemble. »


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