Un million d’automobilistes, et eux, et eux, et eux

Tout autour de Paris, dans des tentes ou des cabanes de fortune, ils sont des centaines à survivre dans le vacarme des voitures.

Claude-Marie Vadrot  • 8 novembre 2012 abonné·es

Parfois, comme surgis de nulle part, un homme ou une femme se faufilent sur un vélo, en équilibre instable entre la bordure de ciment du périphérique parisien et un mur antibruit ou une rambarde surplombant le vide. D’autres fois, c’est un enfant à la frimousse chiffonnée qui pousse sur l’étroite coursive un Caddie démantibulé et chargé des provisions ramassées à la porte d’un magasin. Tous extrêmement concentrés sur leur progression périlleuse, à quelques dizaines de centimètres seulement des voitures qui défilent sans vraiment les remarquer, ombres grises qui disparaissent soudain par une trouée de verdure ou par un escalier taillé dans une terre molle et grasse, fort glissante. C’est le plus souvent depuis les rampes d’accès au boulevard circulaire, où le danger est permanent, qu’on découvre ceux que les services sociaux nomment le « peuple du périphérique ». Des silhouettes glissent le long de bretelles flanquées d’un mur de soutènement suffisamment grand pour abriter les quelques arbustes qui sont parvenus à pousser là, entre la voie rapide et les dernières rues de l’espace parisien, protégé par les grilles vertes enserrant progressivement le périphérique. Peu à peu, les autorités de la capitale tentent d’isoler de chaque côté, banlieue et Paris, les 36 kilomètres d’autoroute urbaine.

La plupart des 1 300 000 automobilistes qui empruntent chaque jour cet anneau de vitesse sur lequel personne ne ralentit, même en cas de pollution, ne remarquent pas ces invisibles qui viennent se réfugier, pour quelques jours ou quelques mois, dans des camps de toile, des cabanes ou sous de simples bâches. Ils sont les oubliés du logement social et des centres d’accueil – tellement

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter hebdomadaire :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Publié dans le dossier
Le peuple du périph
Temps de lecture : 8 minutes