Dans le port de Marseille y a des marins qui pleurent
Abandonnés par un armateur ruiné, des équipages entiers se retrouvent livrés à eux-mêmes. Pour survivre, ils ne peuvent alors compter que sur la générosité des associations et de leurs compatriotes.
dans l’hebdo N° 1238 Acheter ce numéro
Depuis que le médecin lui a prescrit des tranquillisants, Fernando Barbosa pleure beaucoup moins mais n’a toujours pas retrouvé le sommeil. « Cette situation est si stressante. Je ne dors plus, je suis épuisé », se plaint-il, dans un anglais approximatif. Le marin portugais de 62 ans occupe le poste de cuisinier, à bord du Penafiel. Ce cargo de 90 mètres, immatriculé à Madère, est immobilisé depuis le 29 août dans le port de Marseille. En cause, les finances désastreuses de l’armateur portugais Naveiro, qui doit désormais plusieurs dizaines de milliers d’euros au port autonome de Marseille. Une somme qui comprend notamment les frais de stationnement, évalués à 900 euros par jour, et le carburant. Résultat, l’armateur a totalement abandonné le Penafiel et ses sept membres d’équipage.
D’origine russe, portugaise ou cap-verdienne, les marins ont vécu pendant près de sept mois sans être payés. « On vient de toucher une partie de notre salaire, mais il nous manque encore deux mois. Toutes les semaines, l’armateur promet de nous payer, raconte Pedro Silva, lui aussi d’origine portugaise. Tant que je n’aurai pas mon argent, je ne rentrerai pas chez moi. » Comme lui, les autres marins attendent d’avoir touché l’intégralité de leur