Quick d’Avignon : une deuxième salariée « twitteuse » écartée

Après la mise à pied d’un salarié qui chroniquait la vie d’un Quick sur Twitter, une seconde salariée se dit aujourd’hui victime de l’affaire. Politis publie son témoignage.

Erwan Manac'h  • 10 janvier 2013
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Quick d’Avignon : une deuxième salariée « twitteuse » écartée
Photo : AFP / JOHN THYS

Signe des temps, le conflit se joue sur Twitter. Depuis le 1er novembre, un salarié d’un Quick d’Avignon chroniquait la vie du restaurant sur un compte anonyme : @EquipierQuick. Dans ses messages, il dépeint un management par le stress et des conditions d’hygiène parfois insuffisantes. Rien de très sulfureux, hormis quelques détails révélateurs.

Illustration - Quick d'Avignon : une deuxième salariée « twitteuse » écartée


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Quick France parvient rapidement à identifier le restaurant, puis le salarié, qui est mis à pied le 30 novembre 2012, « grâce aux témoignages spontanés de l’équipe en place » , selon l’entreprise. Le trublion agissait dans le Quick d’Avignon Cap-Sud, dont la réputation a déjà été entachée en 2011 après la mort d’un adolescent.

L’affaire crée même le buzz lorsque la chaîne de fast food belge annonce par voie de presse qu’une plainte pour diffamation sera déposée contre son salarié. En réponse, le frondeur de 23 ans engage un bras de fer et se montre à visage découvert sur le site mlactu.fr.

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Dans ce face-à-face, le jeune salarié vient d’être rejoint par une seconde jeune employée du même restaurant. Julie Del Papa, étudiante en philosophie de 21 ans, a débuté chez Quick en temps partiel le 3 décembre. Trois jours après la mise à pied d’« EquipierQuick ». À cette date, l’affaire n’avait encore fait aucune vague.

« Mettre de l’ordre »

Lorsqu’elle découvre finalement ce compte Twitter, près d’un mois après son arrivée dans l’entreprise, elle fait rapidement le rapprochement avec son restaurant. « Je me suis reconnue dans plusieurs tweets : la pression psychologique, les dysfonctionnements des plaques de cuisson dont j’entendais parler en cuisine, etc. Une manager experte nous avait été envoyée de Paris pour « mettre de l’ordre ». J’ai déjà travaillé dans la restauration rapide, mais je n’avais jamais vu une telle pression, raconte l’étudiante à Politis.fr. On était en sous-effectif criant, avec un gros turn-over parmi les employés à cause de la pression. L’ambiance était très tendue. »

Fin décembre, cette militante du Parti de gauche tente à plusieurs reprises de rentrer en contact, via Twitter, avec le salarié mis à pied, pour tenter de lui venir en aide.

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Elle affiche sur le réseau social son soutien et des intentions d’action, sans en parler au sein du restaurant.

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À sa grande surprise, sa période d’essai, qui prend fin le 4 janvier, sera rompue sans raisons apparentes. « Personne ne s’était plaint de mon travaille, je faisais du chiffre et tout s’était bien passé. Quand je suis allé chercher des explications, je n’en ai obtenu aucune. Ils ne sont pas légalement obligés de m’en donner pour rompre une période d’essai. Une manager m’a tout de même lâché, au détour d’une discussion, que cela pouvait avoir un lien avec cette affaire de Twitter. »

Un buzz créé par Quick France

Les deux salariés se sont rapprochés et ont pris contact avec la chaine de restauration rapide, avec le soutien de la CGT. Témoignages à l’appui, ils demandent leur réintégration. « Si on doit aller jusqu’aux prud’hommes, on attaquera pour discrimination pour opinions politiques », explique Julie Del Papa.

« Le salarié s’est laissé un peu débordé par cette affaire, mais c’est Quick France qui a créé le buzz, car EquipierQuick n’avait que 150 à 200 « suiveurs » sur son compte lorsque l’entreprise a prévenu l’AFP », résume aujourd’hui Thierry Lapoirie, secrétaire général de l’union locale CGT du pays d’Avignon.

Contactée ce mardi, le service communication de Quick France nie tout licenciement de nature politique. La plainte contre « EquipierFlunch » est en préparation et doit être déposée « incessamment sous peu » , affirme aussi Valérie Raynal, directrice de la communication de l’entreprise. « Nous avons pris très au sérieux les affirmations du salarié sur Twitter et avons mené un audit de qualité et un audit des ressources humaines dans ce restaurant » .

Pour l’heure, EquipierQuick a annoncé qu’il calmerait le jeu :

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En revanche, son initiative a donné des idées à d’autres salariés anonymes de la restauration : @EquipierFlunch et @EquipierMcdo postaient leurs premiers gazouillis au début du mois de janvier.

Travail
Temps de lecture : 5 minutes
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