Cameroun : digression sur un enlèvement …

Bernard Langlois  • 19 février 2013
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Mes proches le savent bien : je ne suis jamais revenu d’un séjour en Afrique sans leur dire ma surprise chaque fois renouvelée d’une telle gentillesse et d’un tel accueil de peuples envers lesquels la France s’est montrée si cruelle : «Ça ne durera pas toujours ; viendra un jour où nous ne pourrons plus mettre les pieds sur le continent africain : on nous chassera à coups de pierres.»

Ou pire, à coups de fusil. Ou nous deviendrons gibier de rançon, comme l’est devenue cette famille française qu’on vient d’enlever, au Cameroun.

Le Cameroun : une guerre laissée, chez nous, aux poubelles de l’oubli des atrocités coloniales. Qui sait, chez nos jeunes, ce que la France a fait au Cameroun (et ailleurs : Madagascar, Guinée, Togo, etc. Non, il n’y a pas que l ‘Algérie !) ?


Illustration - Cameroun : digression sur un enlèvement …


Pour en rester au Cameroun, relisons donc cette tribune que quelques militants anticolonialistes, africains et français, faisaient paraître dans Le Monde voici deux ans [[La guerre coloniale du Cameroun a bien eu lieu
LE MONDE | 04.10.2011 Par Thomas Deltombe, Manuel Domergue, Jacob Tatsitsa, François Gèze, Ambroise Kom, Achille Mbembe et Odile Tobner]] à l’occasion de la réélection d’un grand ami de la Françafrique, le dictateur Paul Biya :

«Avant et après la proclamation officielle de l’indépendance de ce pays, le 1er janvier 1960, Paris a tout essayé pour briser les mouvements qui, portés principalement par l’Union des populations du Cameroun (UPC), réclamaient une indépendance réelle respectant la souveraineté populaire. Dans ce territoire placé sous la tutelle de l’ONU en 1946 – mais administré par la France et le Royaume-Uni -, la IVe République, sous les ordres de François Mitterrand, Gaston Defferre ou Pierre Messmer, a déclenché une véritable guerre au milieu des années 1950. Bâillonnement de l’opposition, création de milices sanguinaires, torture à grande échelle, déplacement des populations, guerre psychologique, assassinats : les méthodes de la « guerre révolutionnaire » – et parfois les hommes chargés de les appliquer – sont les mêmes que celles mises en oeuvre au même moment en Algérie.»

Alors, bien sûr, je ne prétends pas ici que l’enlèvement de cette famille française est un acte politique conscient et respectable commis par des révolutionnaires africains dignes d’admiration. Je ne dis pas non plus que le lien est direct avec l’intervention en cours (et en cours d’enlisement ?) au Mali.

Comme le disait Mélenchon ce mardi soir à Europe 1, ça n’est même pas affaire de fanatisme religieux, mais plus certainement un acte de banditisme classique destiné à remplir les poches des ravisseurs et rendu possible par le délitement de l’Etat camerounais. Sans doute.

Il n’en reste pas moins que la mémoire longue des peuples d’Afrique n’a sûrement pas oublié ce que nos ancêtres (nos proches ancêtres, hein : Mitterrand ou Messmer, ce n’est pas le Moyen-Age !) ont fait subir aux leurs. D’autant que domination et exploitation françaises s’exercent toujours aujourd’hui, sous des formes plus hypocrites et avec la complicité d’élites dévoyées que notre Etat protège et dorlote [^2] .

Le temps est venu, peut-être, où nous ne voyagerons plus impunément sur cette — si belle, si séduisante, si envoûtante — terre africaine.

[^2]: Ce que rappelle opportunément la 8é édition de la Semaine anticoloniale qui vient de s’ouvrir

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