Le leader du Cannabis social club en garde à vue : « Ils nous ont rendu un fier service »

L’interpellation, le 21 février, du coordinateur des Cannabis social clubs français, Dominique Broc, a provoqué un mouvement de solidarité. Son procès sera « sans précédent », promet l’intéressé.

Erwan Manac'h  • 25 février 2013
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Le leader du Cannabis social club en garde à vue : « Ils nous ont rendu un fier service »
© Photo : AFP / CODIE MCLACHLAN / EDMONTON SUN / QMI AGENCY

« J’avais une bouteille de champagne au frais, depuis le temps qu’on attend qu’ils réagissent ».Après vingt-sept heures de garde à vue, avec une convocation au tribunal en poche pour « détention de cannabis » et « provocation à l’usage », le coordinateur des Cannabis social clubs français (CSCF), Dominique Broc, jubile. 

Cinq jours après s’être affiché dans le journal Libération en annonçant le dépôt de statuts en préfecture le 4 mars, il était cueilli à son domicile d’Esvres-sur-Indre (Indre-et-Loire) par une quarantaine de gendarmes, jeudi 21 février à 7 h 50. Les plantes du CSC de Tours ont été saisies, ainsi que son matériel de culture, son équipement informatique et son téléphone portable. Il est pourtant sorti de sa garde à vue plus déterminé que jamais.

«Une démarche isolée»

Les CSCF revendiquent la légalisation de la culture de cannabis à des fins d’usage personnel maîtrisé et s’organisent collectivement pour supporter les coûts de culture et se partager leur récolte. Dominique Broc, l’instigateur français de ce mouvement, n’avait jamais caché son activité depuis 2009. Mais la récente publicité dont il a été l’objet semble avoir motivé un changement d’attitude de la part des autorités.

« C’est une démarche isolée du procureur de Tours, je suis certain que le gouvernement n’était pas au courant », estime le leader gardé à vue.

Trop tard. Ce coup de bâton a galvanisé le mouvement et soulevé selon Dominique Broc un considérable élan de solidarité. « On m’a proposé des ordinateurs pour remplacer celui que les gendarmes ont saisi et des lampes pour faire repartir mes plantes. Ils ont déclenché quelque chose », s’époumone le coordinateur des CSC contacté ce lundi.

« Ce sera sans précédent »

Les règles des CSC prévoient qu’en cas d’interpellation d’un de ses membres, les noms de tous les autres soient livrés aux autorités. Ce ne sera pas fait dans le cas présent, nous annonce Dominique Broc. Le mouvement maintient par ailleurs la date du 4 mars, pour le dépôt en préfecture des statuts de la Fédération des cannabis social clubs français (FCSCF) en guise de défi au gouvernement.

Une nouvelle date cruciale vient surtout d’apparaître au calendrier des anti-prohibitionnistes : Dominique Broc est convoqué au tribunal correctionnel de Tour le 8 avril prochain. « Ce sera sans précédent, promet l’intéressé. Ils nous ont finalement rendu un fier service. Le mouvement est lancé. C’est une révolution qui s’amorce, contre la prohibition, le trafic et la corruption. »

La mobilisation s’organise pour le 8 avril, à Tours, avec la présence espérée de médias du monde entier et Dominique Broc recevra samedi prochain plusieurs journalistes pour leur montrer la plantation qu’il a déjà réinstallée à son domicile. « Ça repousse » , se réjouit-il.

-Le Cannabis social club a publié vendredi 22 février un communiqué dénonçant une décision politique du « gouvernement Valls – Ayrault – Hollande [qui] montre son vrai visage, celui de l’intolérance et de la répression bête et méchante…»

Société Santé
Temps de lecture : 3 minutes
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