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Manuel Valls rejoint la croisade grotesque contre les rappeurs

Le ministre de l'intérieur s'est dit déterminé à lutter contre les « outrages » et « provocations à la désobéissance » de certains rappeurs. Rien ne justifie pourtant le retour de ce vieux débat.

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Décidément, les rappeurs ont bon dos. L'« outrance » de certains de leurs propos et leurs prétendues « provocations à la haine » viennent d'être ré-invités dans le débat sur la liberté d'expression.

Des parlementaires travaillent sur une réforme de la loi sur la liberté de la presse pour l'adapter à l’ère d’Internet. C’est dans ce contexte que la sénatrice démocrate Nathalie Goulet a remis ce vieux débat à l'ordre du jour.

Elle s’adressait mardi 19 février à Manuel Valls, comme le rapporte Numerama :

« Mon attention a été attirée sur un certain nombre de « chansons » - si on peut dire - de rappeurs tels que 113, Sniper, Salif, Ministère Amer, Smala ou encore Lunatic dont les paroles sont d’une violence absolument inouïe contre la France, ses autorités civiles et militaires, son drapeau  ».

Des références puisées dans les années 1990

Or, dans les cas précisément cités par la sénatrice de l'Orne, la loi encadrant la liberté d’expression ne peut intervenir, car «  les productions ont été mises à la disposition du public il y a plus de trois mois  » et sont donc prescrites. C’est peu dire : 113, Salif et Sniper n’ont pas sorti d’album depuis deux ans, le Ministère AMER ne fait plus parler de lui depuis la fin des années 19901 et le groupe Lunatic est séparé depuis 2003.

L’album du Ministère AMER qui contient le titre mis en cause « flirt avec le meurtre » est sorti en 1994 En réalité, ces 6 noms du rap français ont le point commun d’avoir été l’objet d’une pétition portée par 153 députés et 49 sénateurs de droite, en novembre 2005, en pleines révoltes urbaines. Les parlementaires demandaient alors au ministre de la Justice, Pascal Clément, « d’envisager des poursuites » contre 7 groupes (dont 6 cités mardi par Nathalie Goulet) qui incitent dans leur texte au « racisme anti-blanc » et à la haine de la France.

Ce débat électrifié par les violences n'a pas manqué de déraper : « Les membres de ces groupes sont étrangers ou d'origine étrangère. Ils ont été accueillis dans notre pays et y font aujourd'hui fortune en vendant leurs insanités », lançait par exemple, en décembre 2005, François-Michel Gonnot, député aujourd’hui déchu, en citant les extraits repris mardi par Nathalie Goulet.

« Une offre de services » au ministre

Pourquoi donc sortir ces vieux textes de l'oubli ? Contactée ce vendredi par téléphone, Nathalie Goulet plaide la bonne foi : « C’est une amie journaliste qui m’a fait passer ces textes, j’ignorais qu’ils avaient fait l’objet d’une pétition en 2005. » Il s’agissait, explique-t-elle, de montrer l’obsolescence de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Elle ne permet pas d'identifier le diffuseur d'un contenu sur Internet après trois mois et n'autorise aucun « droit à l'oubli ».

« Je vous parle d’expérience, assure la sénatrice. J’ai fait condamner le Point pour diffamation en 2007, mais l’article circule toujours aujourd’hui en ligne ».

On comprend mieux, alors, le véritable enjeu de sa question sur les rappeurs : la sénatrice, une fois sa question posée, s'est empressée mardi de proposer «  une offre de services » au ministre de l'Intérieur. « J’aimerais travailler sur ce sujet que je connais un peu ayant moi-même fait l’objet d’une procédure extrêmement désagréable», proposait-elle opportunément dans l'hémicycle. Rien de tel donc qu'une bonne caricature, même ancienne, pour faire passer son message.

«  39 provocations à la désobéissance  »

Peu importe que ces chansons des années 1990 n’aient rien à faire dans ce débat, Manuel Valls s’en est saisi en valeureux chevalier blanc. En réponse à la sénatrice, il annonce son intention de s’occuper de « ce phénomène qui (…) s’exprime de plus en plus sur internet ». Le ministre dénombre d’ailleurs selon les chiffres la plateforme de signalement des contenus illicites de l’Internet (Pharos), 61 outrages à personnes dépositaires de l'ordre public et 39 provocations à la désobéissance en 2012, sans préciser de quoi cet inventaire est composé. S'inscrivant dans une longue tradition politique française, il assure que des plaintes sont déposées contre les rappeurs dès lors que « les faits sont avérés et non prescrits ».

Il faut, argumente-t-il, «  lutter contre les paroles agressives à l'encontre des autorités ou insultantes pour les forces de l'ordre et les symboles de notre République  » et « refuser la banalisation de la violence » . D’autant que « ces chansons » véhiculent selon lui une « image dégradée de la place de la femme dans notre société ».

Et Nathalie Goulet enfonce le clou, tout en avouant pourtant ne rien y connaître en matière de rap français : « Ces textes s’adressent à des gens qui sont déstructurés familialement et socialement pour différentes raisons , nous explique-t-elle. Ils encouragent les trajectoires déviantes et légitiment des comportements violents » .

Pour enrober ces démonstrations de force, Manuel Valls assure tout de même vouloir se prémunir de toute forme d’amalgame : « Le rap fait partie de notre culture urbaine ; il existe incontestablement des talents et certains textes sont d’une grande qualité. » Nous voilà rassurés.


  1. Excepté en 2007, quand le collectif a été condamné à 250 000 euros d’amende pour des propos tenus dans l’émission Ça se discute. Un an plus tôt, le rappeur Doc Gynéco, membre du collectif, annonçait soutenir publiquement la candidature de Nicolas Sarkozy. 


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