Imposant et émouvant rassemblement parisien pour Clément Méric

La place St-Michel à Paris était noire de monde ce jeudi soir, 6 juin 2013, en signe de protestation contre l’ignoble agression fasciste à l’encontre de Clément Méric, décédé ce jour.

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La place St-Michel, en plein cœur du Quartier latin, à deux pas de la Sorbonne, s’est rapidement remplie, en cette fin de chaude après-midi de début juin, d’une foule compacte. Digne et silencieuse au départ. L’émotion était palpable, tant l’assassinat de Clément Méric, étudiant de gauche à Sciences-Po, syndiqué à Sud-Etudiants (Solidaires) et militant antifasciste, a choqué l’ensemble du « peuple de gauche ».

Parti de Gauche en tête, toutes les organisations syndicales et tous les partis de gauche ont appelé à venir témoigner son émotion et sa colère. Même le Parti socialiste par la voix de son Premier secrétaire, Harlem Désir, s’est joint à l’appel. Un soutien qui n’a pas été sans créer quelques tensions, plusieurs organisations ayant expressément demandé à maintenir éloignée la délégation du parti au pouvoir. Et de fait, place St-Michel, alors que les prises de parole des dirigeants des organisations présentes s’enchaînent, aucun drapeau, banderole, ni même insigne au revers d’une veste avec le fameux « poing et la rose », n’est visible…

Un front hétéroclite d'organisations

Il y avait pourtant fort longtemps qu’on n’avait vu autant de formations associatives, politiques ou syndicales, rassemblées dans un même mouvement unitaire. Chacune des bannières se côtoyaient, toutes, côte à côte, sans ordre de préséance. Unies dans le même combat, dans le même mouvement de protestation, d’émotion, de colère voire de rage. Lutte ouvrière, NPA, quelques drapeaux EE-LV, beaucoup des organisations membres du Front de Gauche : Parti de Gauche, PCF, Parti communiste des ouvriers de France, Gauche unitaire, Gauche anticapitaliste…

Mais aussi de SOS Racisme, de la Ligue des droits de l’homme, de la FSU, de la CGT ou de la confédération Solidaires – où militait, dans son syndicat estudiantin, Clément Méric. À côté d’un drapeau tunisien – le représentant du Front populaire tunisien, lors de sa prise de parole dénonçant le racisme, les « fauteurs de haine » et l’islamophobie, fut très applaudi –, quelques drapeaux vénézuéliens, grecs ou portugais, on découvrait même une bannière du « Parti pirate ».

« No passaran ! »

La foule, en rang serré, visiblement émue, écoute en silence les orateurs qui se succèdent, entonnant seulement de temps à autre, entre deux interventions, le slogan des Républicains espagnols durant la Guerre civile de 1936-1939 contre le fascisme : « No passaran ! » Les poings serrés se lèvent alors. Alors qu’au micro, on exige que le gouvernement, au nom de la défense de la République ( « démocratique et sociale » , dira Christian Picquet, responsable de la Gauche unitaire, membre du Front de Gauche, lui aussi très applaudi) intervienne pour réprimer les groupuscules fascistes, une femme, digne, fend l’assemblée, brandissant une pancarte où est inscrit : « Ligue de défense juive = fascistes. Dissolution ! »

Après 20 heures, les personnes rassemblées commencent à se disperser. Deux messieurs, la soixantaine bien sonnée, continuent néanmoins de palabrer. L’un d’eux, visiblement, est inquiet : « la dernière fois que la gauche a exigé et obtenu, parce qu’elle était au pouvoir, la dissolution de ligues fascistes, c’était en 1936. Même si nous aurions bien besoin d’un nouveau Front populaire, espérons que nous n’aurons pas à subir ce que les camarades ont subi quelques années plus tard, sous Vichy. Car ça sent mauvais tout ça, ça sent Vichy… Vigilance, camarades ! »

Lire > Les proches de Clément Méric se réunissent dans une vive émotion


Photo : M. Soudais / Politis

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