Le peuple sans voix

Qui peut dire à quoi les Roms, les écoliers, les contribuables ou les délinquants « ont vocation » ? Ceux qui assènent leur réponse toute faite usent de ce mensonge de la représentation nommé démagogie. Analyse de François Cusset.

François Cusset  • 10 octobre 2013 abonné·es

Le bijoutier niçois qui abat dans le dos son jeune braqueur, avec l’assentiment d’un million et demi de complices sur Facebook, est-il le représentant du bon peuple des commerçants et des Français qui se lèvent tôt ? Les mots du ministre de l’Intérieur, pour lequel les Roms ont vocation à rentrer chez eux (même quand ils n’ont pas de « chez eux »), représentent-ils de façon adéquate l’opinion de la majorité, du moins celle des électeurs qu’on s’arrache en vue des municipales ? Les libéraux qui font de la France une terre d’arriération si on ne peut y acheter un tournevis ou un best-seller le dimanche sont-ils les représentants légitimes de la foule des consommateurs et des piétons dominicaux ? Les pourfendeurs du ras-le-bol fiscal, quand ils avertissent le pouvoir en place que les contribuables asphyxiés sont au bord de l’insurrection, représentent-ils vraiment les contribuables en question, dont on connaît l’asphyxie mais pas le point de vue sur la question ? Et, à la limite, les experts en chrono-pédo-biologie qui, du haut de leur pseudoscience, ont établi que le cerveau enfantin était plus à même d’absorber le savoir républicain à 11 h 15 du matin qu’à 15 h 15 de l’après-midi, justifiant ainsi l’une des réformes scolaires les plus mal engagées des dernières décennies, représentent-ils, à leur tour, l’expérience et les besoins de

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Publié dans le dossier
Le temps des démagogues
Temps de lecture : 8 minutes