Pouria Amirshahi (PS) refuse « une société de travailleurs vieux et pauvres »

Réforme des retraites. Le député Pouria Amirshahi revient sur les raisons pour lesquelles il a voté contre l’allongement de la durée de cotisation à 43 ans.

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Pouria Amirshahi, député des Français de l’étranger et membre du courant « Un monde d’avance », est l’un des huit socialistes (voir ci-dessous) à avoir voté contre l’allongement de la durée de cotisation dans le projet de loi sur la réforme des retraites. L’article était porté au vote, cette nuit, à l’Assemblée nationale, où la discussion se poursuit jusqu'au vote solennel prévu mardi 15 octobre.

Politis : Pourquoi avez-vous voté contre l’article 2 du projet de loi sur les retraites portant sur l’allongement de la durée de cotisation ?

Pouria Amirshahi : Le premier argument est philosophique : je conteste cette fausse évidence selon laquelle vivre plus longtemps devrait se traduire par un temps de travail plus long. Ce n’est pas l’idée que je me fais du progrès humain. Ensuite, il y a la question économique : plus on prolonge le temps de travail, plus on empêche les jeunes d’entrer sur le marché du travail. Cela n’est pas cohérent avec la promesse de François Hollande de faire de l’embauche des jeunes la priorité… Troisièmement, l’allongement de la durée de cotisation pose un problème social : on ne peut pas faire croire que les gens réussiront à cotiser 43 ans pour avoir une retraite à taux plein, et partir à 62 ans. Donc les retraités auront une décote et une pension amoindrie.

En réalité, la grande dérive engagée depuis 1993 avec la réforme Balladur n’est pas remise en cause, du fait de la doxa de l’idéologie libérale, qui nous impose de faire des réformes structurelles. Même si le gouvernement dément, on sait tous que l’UE nous a dit : « On vous laisse un répit de deux ans sur le déficit de la France, si en échange vous accélérez le remboursement de la dette, et les réformes structurelles sur les retraites et le marché du travail. » C’est ce qui a été écrit noir sur blanc par les commissaires européens.

Que pensez-vous des députés socialistes qui ont voté pour l’article 2 ?

Je ne reproche à personne le fait de changer d’avis… Mais, personnellement, j’ai fait des manifestations quand j’étais dans l’opposition contre le principe de l’allongement de la durée de cotisation. Aujourd’hui, je ne me vois pas faire le contraire ! À « Un monde d’avance », nous avions proposé un amendement de compromis : remplacer l’allongement de la durée de cotisation par un autre article mettant en place une clause de revoyure. Cette clause aurait consisté à se revoir tous les cinq ans pour décider, en fonction du taux de productivité, du taux d’emploi, de l’espérance de vie, si, oui ou non, on décidait d’allonger ou de baisser la durée de cotisation. Cet amendement a été adopté par le PS, à l’unanimité. Mais cela n’a pas été accepté par le gouvernement. C’était un compromis politique intelligent, où chacun fait des efforts, certainement pas une proposition de « gauchistes ». Mais le gouvernement l’a balayée d’un revers de main.

Vous avez rejeté cet article qui est un point central du projet de loi sur les retraites. Il serait logique que vous rejetiez l’ensemble de la réforme…

Cela va dépendre des discussions, article par article. Il faut reconnaître que certains articles constituent des avancées : sur la pénibilité, l’intégration de la totalité des années d’apprentissage, ou sur l’égalité hommes/femmes, c’est toujours bon à prendre. Mais il faut attendre les amendements pour voir dans quel sens cela va évoluer. Nous allons en discuter entre camarades du groupe parlementaire… Mais, de toute façon, je ne me vois pas voter pour une réforme qui contient, selon moi, un renoncement. Je ne veux pas consacrer cette idée que, demain, la société française sera une société de travailleurs vieux et pauvres. À ce stade, je ne sais donc pas si je vais voter « contre » ou m’abstenir. Mais je ne vois pas comment je pourrai voter pour cette loi.

Cela implique-t-il une rupture par rapport à la majorité ?

Il faut au moins qu’on revienne à l’esprit du Bourget. Je ne pense pas être déloyal en disant cela. Je ne me départirai pas de cette idée que le débat argumenté sert à quelque chose. Je ne suis pas dans la posture, mais dans les arguments de fond. Je crois que la politique de contraction budgétaire n’est pas bonne, et qu’il faut changer le cap. Il faut, au moins, qu’on ait la possibilité de débattre.


Photo: Mathieu Delmestre

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