PSA Poissy : le jeu dangereux de la direction

Les sept salariés grévistes de la faim de PSA à Poissy sont très affaiblis, alors que des négociations devaient avoir lieu ce jeudi, avec des propositions de la direction départementale du travail.

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Mardi 22 octobre, le campement est toujours là, devant le pôle tertiaire de PSA à Poissy. Mêmes banderoles, même indifférence apparente des salariés qui passent devant les tentes. Ce qui a changé, c’est l’état de santé des sept syndicalistes de SUD-Auto grévistes de la faim, qui s’est aggravé depuis notre dernière visite cinq jours plus tôt. La plupart des grévistes se réfugient dans leur voiture à l’arrivée du froid ou de la pluie. Les militants qui tentent de leur apporter un soutien moral au quotidien accusent le coup. Les médecins d'un collectif qui les suit depuis le 18 septembre sont inquiets.

Après 35 jours de grève de la faim, Abdi-Ilah nous guide d’un pas mal assuré vers un véhicule abritant deux de ses camarades, Ahmed et Houssem. Ahmed Oubakhti, très amaigri, ne peut plus se tenir debout. Il est allongé sur le siège avant de la voiture, garée près des tentes. Il trouve néanmoins suffisamment d’énergie pour dénoncer les méthodes de la direction : « Elle joue sur le fait qu’on commence à être faibles. Mais, si elle ne satisfait pas nos revendications, on restera » , assure le syndicaliste, secrétaire de SUD-Auto PSA Poissy, qui répète : « On ne veut pas arrêter, on veut aller jusqu’au bout et faire reculer la direction. »

Après d’âpres négociations, le 18 octobre, entre les sept syndicalistes et la direction, trois d'entre eux ont fait un malaise, et l’un deux a été conduit à l'hôpital de Poissy par les pompiers. « Ils ont résisté à toutes les pressions de la direction de PSA Poissy. Une direction qui montre encore une fois sa méthode, gérer les conflits en proposant à certains de l’argent pour partir, en essayant de diviser pour mieux régner, en essayant de casser la revendication collective » , dénonce SUD-Auto. Le syndicat pointe l’attitude des dirigeants du site, « restant sur le terrain de la répression plutôt que d'aller sur celui du dialogue social. Les propositions de réintégration, notamment, sont inacceptables, sur des postes sous-qualifiés ressemblant à s’y méprendre à une sanction » .

Ce jour-là, en présence du sous-préfet des Yvelines et de la direction départementale du travail, la négociation est mal engagée : « PSA était représentée par la direction des relations “antisociales” de Poissy, celle-là même dont les méthodes sont mises en cause par les grévistes. » Les grévistes mettent en cause Philippe Caylou, le directeur des ressources humaines du site de Poissy. Ils rappellent que l’ancien secrétaire de SUD a obtenu, le 16 mai, la condamnation de la direction du site par la cour d’appel de Versailles pour discrimination syndicale et harcèlement moral.

Portrait des 7 grévistes de la faim, les 20 et 23 octobre 2013 :

DR / Stéphane Burlot

Une direction dans le déni

L’ambiance est toujours aussi tendue entre les syndicalistes grévistes de la faim et une direction qui utilise tous les moyens pour ôter toute crédibilité au mouvement. Le 17 octobre dernier, le service de communication de PSA a de nouveau contacté Politis (après de premiers commentaires sur Twitter) pour « indiquer » en quoi, de son point de vue, SUD n’est pas une organisation syndicale représentative au sein de l’entreprise : « Lors des dernières élections du CE PCA (Peugeot Citroën Automobiles) en mars 2011, SUD a recueilli en pourcentage exprimés 3,6 % à Poissy et 1,92 % au niveau national. Voilà pourquoi nous indiquons que SUD est une organisation non représentative. À Poissy, SUD est la 6e force syndicale avec 1 délégué du personnel suppléant. » Or, une élection professionnelle s'est tenue en mars 2013. SUD est arrivé quatrième avec 6 % des voix, obtenant un délégué du personnel titulaire avec son suppléant…

Une autre réaction curieuse de la direction a été relayée par le site de RTL. PSA dit regretter que, « au bout d’un mois, ces salariés refusent toujours d'être vus par des médecins du pôle tertiaire » . Depuis le premier jour de grève, les syndicalistes de SUD sont suivis par un collectif de médecins, dont certains sont membres de la Ligue des droits de l’homme. Dans une déclaration faite au vingt-huitième jour de grève de la faim, ces médecins n’ont pas caché leur inquiétude : « La moindre infection, le moindre traumatisme survenant dans ces conditions peut avoir des conséquences graves sur le plan médical. (…) Nous espérons vivement que rien d’irréversible pour la santé de ces grévistes n’arrive d’ici là, mais personne devant cette situation fragilisant des êtres humains ne peut prédire ce qui peut advenir. »

Devant le pôle tertiaire de PSA, Poissy, 15 octobre 2013. - Maud Pavé
Près du site, les témoignages anonymes apportent un éclairage édifiant sur la gestion des accidents du travail et l’indépendance des médecins de PSA. Dans un texte de soutien aux grévistes, des salariés pointent la dégradation des conditions de travail des salariés et des syndicalistes grévistes du site. Le syndicat SUD décrit « l’omerta entourant PSA, qui, tout comme de grandes entreprises, notamment France Télécom-Orange, La Poste, Renault-Guyancourt, s'est rendue coupable de graves atteintes à la santé mentale et physique de ses salariés. Sa gestion du personnel est coercitive, les formes de harcèlement moral sont nombreuses (mises au placard, sanctions arbitraires, intimidations, vexations...), sans oublier la discrimination syndicale à l'égard des militants et sympathisants de SUD-Auto. La répression ciblée sur quelques syndicalistes SUD est la partie visible des pratiques managériales généralisées à tous les salariés de PSA Poissy, instaurant une véritable gestion par la peur » .

De plus en plus de soutiens

« Depuis mars 2010, je ne fais rien, raconte Ahmed Oubakhti. Ils m’ont retiré de la production depuis que je suis syndicaliste SUD » . A 38 ans, marié et futur père, cet agent de maîtrise est pourtant « chargé du suivi de la qualité des C3 et des DS3 » et parmi les meilleurs techniciens de projet. « Quand on n’était pas syndicalistes, on avait tout. Moi, j’étais bien vu, mais, dès que j’ai commencé à militer, ils m’ont tout retiré. » En dépit des obstacles, les militants de SUD revendiquent « un syndicat pérenne qui agira dans la durée au sein de l’entreprise, pour l’intérêt des salariés » .

Venu soutenir les sept syndicalistes, Brahim Zaouaou, cariste sur le site de PSA Poissy, a quitté le 22 octobre la CGT, « pas combative du tout » , pour rejoindre SUD et « les premières personnes qui osent se battre contre cette direction » . Membre du comité de soutien aux sept grévistes qui s’est créé dans l’entreprise, il a distribué des tracts de SUD. Une initiative que la CGT ne voit pas d’un bon œil. Dans une déclaration au comité d’entreprise, datée du 30 septembre, que s’est procurée Politis , la confédération accuse les sept grévistes de la faim d’avoir « préféré se présenter en victimes de harcèlement et de discrimination devant la presse plutôt que d’organiser la lutte collective pour préserver nos acquis sociaux ». Rapidement convoqué par le secrétaire CGT de Poissy, Brahim décide de quitter le syndicat : « J’ai vite compris qu’ils voulaient que je m’en aille. » D’après lui, d’autres salariés envisagent de quitter la CGT pour rejoindre SUD.

Chaque jour, des militants associatifs et politiques se relaient pour aider les grévistes de la faim, dont la situation sanitaire est grave. De son côté, le secrétaire national du Parti de gauche, François Delapierre, a demandé au ministre de l'Économie, Pierre Moscovici, d'écrire au patron de PSA, Philippe Varin, en faveur de ces salariés qui « risquent aujourd'hui leur vie » . Contacté par Politis , le ministère du Travail renvoie à la médiation de la direction départementale du travail « pour trouver une solution rapide » , alors que les syndicalistes ont entamé leurs sixième semaine de grève de la faim.


Photos : Stéphane Burlot

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