Manipulées, les manifestations lycéennes ?

La présence des organisations politiques ou syndicales autour des cortèges lycéens soulève des accusations de récupération. Reportage dans le cortège parisien.

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L'automne et les vacances scolaires auront-ils raison de la mobilisation des lycéens ? À Paris, le cortège qui prenait forme mardi en fin de matinée sur la place de la République pour se terminer avec un millier de lycéens à 15 h, place de la Nation, avait des airs de fin de mouvement. Qu'importe. Les lycéens mobilisés réaffirment leur détermination à « faire plier le gouvernement » sur les expulsions d'étrangers scolarisés en France.

Le retour de Leonarda Dibrani, expulsée le 9 octobre, et plus encore de Khatchik Kachatryan, renvoyé en Arménie le 12 octobre, reste au centre des revendications. Comme toujours lors des mobilisations lycéennes, un autre mot d'ordre préoccupe une partie des manifestants : l’indépendance.

Les accusations de récupération ont ressurgi chez les jeunes manifestants tandis que certains commentateurs pointent, comme à chaque mouvement lycéen, une « manipulation » de la part des organisations politiques.

Sous une pluie continue, place de la République, Julien, en terminale L au lycée Georges-Brassens à Paris, tient un mégaphone prêté par le NPA. Ce militant des Jeunes Communistes (JC) revendique l’ « autonomie » du mouvement et se montre sévère envers la Fidl, syndicat lycéen proche du PS et de SOS Racisme. « Je ne vois pas comment on peut faire changer un gouvernement PS avec des organisations financées par le PS » , raille-t-il.

« Si nous faisions partie du PS, nous ne serions pas dans la rue aujourd'hui » , rétorque Juliette Chilowicz, secrétaire générale du syndicat lycéen. La Fidl, comme l'UNL sont des « outils » indispensables à l’éclosion d’un mouvement national, assure la lycéenne parisienne, et leur indépendance n'est pas à remettre en question. Le soutien des organisations « adultes » (NPA, Unef et JC en tête) est une aide matérielle, décisive pour la pérennisation du mouvement, rappellent aussi les militants encartés.

« Mouvement inter-lycées indépendant »

Tous s’accordent en revanche sur l’importance des réseaux sociaux dans l’organisation du mouvement. Facebook, en particulier, a permis la coordination des lycées mobilisés via la page montée pour le retour de Khatchik.

Jalousant leur indépendance, une partie des lycéens parisiens ont monté à partir de ce réseau le « Mouvement inter lycées indépendants » (Mili). Une quarantaine de lycées parisiens y envoient 3 représentants en délégation, pour organiser en AG les blocages et les appels à manifester.

Daniel, lycéen à Paris : «Nous sommes beaucoup chaperonnés par les syndicats, donc on essaye de se démarquer» - EM.

Dans beaucoup de lycées, les élèves du Conseil de la vie lycéenne (CVL) – élus parmi les délégués de classe pour débattre des questions de vie quotidienne – constituent un vivier de force militante sur lequel les organisations lorgnent. Avec la même diversité de réactions chez les lycéens.

« Quand je me suis engagé dans la vie lycéenne, c’est à l’UNL que j’ai trouvé toutes les informations dont j’avais besoin » , raconte Scylla, représentant de son lycée au Conseil académique de la vie lycéenne et adhérent de l’UNL depuis un an. Ça nous permet de nous fédérer et de mettre en lien toutes les initiatives, ça nous rend efficaces. »

« J’ai été contacté par la Fidl , raconte aussi Julien, vice-président du CVL de son lycée, aujourd’hui membre du « Mili ». Mais je ne suis pas d’accord avec leur ligne politique. »

Paternité du mouvement

La guéguerre interne se joue aussi sur la paternité du mouvement. Les Jeunesses communistes revendiquent l’initiative des premières mobilisations, avant l’éclosion médiatique de « l’affaire » Léonarda le 16 octobre : « Le Réseau éducation sans frontières (RESF) a mobilisé lorsque Khatchik a été arrêté, le 19 septembre, puis s’est tourné vers nous [les Jeunesses communistes]. Petit à petit, le NPA, puis la FIDL se sont joints à la mobilisation , raconte Élie, doctorant à l'EHESS et militant aux JC. Nous étions 3 militants, le 7 octobre au matin, à tracter devant le lycée de Khatchik ! »

La Fidl revendique aussi sa part du mérite : « La première manifestation a été organisée par la Fidl et toutes les organisations se sont jointes à cet appel » , raconte Scylla, élève au lycée Blaise-Cendrars de Sevran (93) et membre de l’UNL.

Lire > Les lycéens de nouveau mobilisés contre les expulsions

Malgré l'affaiblissement de la mobilisation, tous appellent à la poursuite du mouvement. La Fidl souhaite organiser une « semaine d'action » à partir du 11 novembre. Une nouvelle journée de mobilisation est également prévue ce jeudi 7.


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