Frederick Wiseman : « J’aime choisir l’endroit qui excelle dans son domaine »

Frederick Wiseman a tourné At Berkeley au moment où l’université californienne connaissait une crise financière.

Christophe Kantcheff  • 27 février 2014 abonné·es

Interviewer Frederick Wiseman, c’est interviewer l’un des plus grands cinéastes de ces cinquante dernières années et un maître du documentaire. At Berkeley, son quarantième film, tourné dans la célèbre université située en Californie, résonne plus que jamais avec l’air du temps : les attaques subies par le secteur public dans toutes les sociétés occidentales. Le réalisateur s’en explique ici, dans un français appris de longue date, quand il était de ce côté de l’Atlantique dans les années 1950.

Vous avez été vous-même étudiant dans une université, Williams, que vous avez détestée. Pourquoi ?

Frederick Wiseman : Je suis entré en première année de droit dans cette université, en 1947. La vie sociale s’organisait autour de clubs étudiants. Avant les cours, les futurs étudiants devaient se rendre à l’université pour être choisis par ces clubs. Tous écartaient les juifs – ils n’avaient pas besoin de le faire avec les Noirs, car socialement ceux-ci n’avaient pas accès à l’université. Au lendemain de la guerre, l’antisémitisme était très fort aux États-Unis. J’avais 17 ans. Ça a été un choc pour moi. C’est pourquoi j’ai détesté cette université. J’y étais considéré comme un citoyen de deuxième classe. Cela m’a beaucoup marqué.

Y avez-vous pensé quand vous avez tourné à Berkeley ?

Pas vraiment. Mais même s’il y a eu beaucoup de progrès depuis les années 1960, l’antisémitisme et le racisme existent toujours. Certes, ils ne sont pas aussi forts que dans les années 1930 et 1940, mais ce serait s’illusionner que de croire que par

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Cinéma
Temps de lecture : 7 minutes