Razmik Hakobyan, irradié sans papiers

Un collectif lance une pétition pour la régularisation d’un réfugié arménien, ancien liquidateur de Tchernobyl.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


Razmik Hakobyan est arménien , arrivé en France en 2007 avec son épouse et ses trois enfants, il y demande depuis une régularisation sans cesse refusée. Son histoire est celle d’un réfugié, persécuté dans son pays, venu chercher en France un asile qu’il n’a pas obtenu. L’histoire serait tristement classique si ne s’y mêlait pas l’héritage de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl.

Car Razmik Hakobyan est un ancien « liquidateur » de Tchernobyl, un de ces hommes qui, en 1986, lors de l’explosion de la centrale nucléaire, a été envoyé pour confiner les ruines radioactives et limiter l’impact de la catastrophe. L’Arménie faisait encore partie de l’URSS et le jeune homme exerçait son service militaire. On l’a envoyé dans les ruines, vêtu d’une « simple combinaison, un masque, des gants » , explique-t-il au journal Midi libre. Deux mois à charrier et à enterrer les débris radioactifs. Aujourd’hui l’un des rares liquidateurs survivants, il souffre de lourds problèmes de santé.

Traîner sa maladie de l'Arménie à la France

Rentré en Arménie, dans un pays nouvellement indépendant, il exerce comme caméraman pour une petite télévision, filme les actualités. Depuis un reportage sur une manifestation, qui lui vaut d’être enlevé par un groupe « para-policier » et séquestré pendant plusieurs jours, Razmik Hakobyan explique être persécuté. Ce qui lui fait prendre, avec sa famille le chemin de l’exil. Géorgie, Pologne, Ukraine, un voyage de plusieurs années le mène en France où il est envoyé en Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada), à Béziers.

Quatre années de bataille administrative pour se voir refuser le statut de réfugié, toute demande de régularisation rejetée. Il faut dire que l’Arménie fait partie de la liste des « pays sûrs » déterminée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides, et aux yeux de l’administration, les allégations de Razmik Hakobyan ne sont pas prouvées.

Aujourd’hui, la famille, sous le coup d’une obligation de quitter le territoire, vit chez ceux qui acceptent de l’héberger, des membres du Collectif de défense des sans-papiers de Béziers.

« Pas digne de notre République »

« Soumettre un homme usé, fatigué et malade à ce régime n’est pas digne de notre République et d’un pays d’accueil comme la France » , dénoncent ceux-ci dans une pétition adressée au préfet de la région. Renvoyer cet homme dans un pays où il a été persécuté, et où ses moyens ne pourront lui permettre de payer des soins entièrement à la charge des patients revient, selon eux, à le vouer « à une mort certaine » .

Car si sa demande d’asile a été rejetée, rien n’empêche au préfet de régulariser cette situation, grâce à l’article 313-14 du Code de l’entrée, du séjour des étrangers et du droit d’asile (Ceseda). Cette disposition permet au préfet de régulariser un étranger au regard de motifs exceptionnels.

Pour le Collectif de défense des sans-papiers, l'histoire et la situation de Razmik Hakobyan ne peuvent pas être ignorées.


Photo : Monument en hommage aux «liquidateurs» à Tchernobyl, Ukraine (AFP PHOTO/ SERGEI SUPINSKY)

Haut de page

Voir aussi

Articles récents

Campagne d’appel à dons

Appel à dons : Politis a besoin de vous !
Consultez la page dédiée à la campagne

YesYes se tient plus que jamais à votre service !

Souhaitez-vous recevoir les notifications de la rédaction de Politis ?

Ces notifications peuvent être facilement desactivées par la suite dans votre navigateur.