Rwanda: Le retour d’un débat sans fin

La France doit montrer sa volonté de faire toute la lumière sur son rôle pendant le génocide.

Denis Sieffert  • 8 avril 2014
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À l’évidence, les accusations lancées par Paul Kagamé contre la France répondent à des préoccupations politiques aussi actuelles que cyniques, comme l’analyse fort bien Rony Brauman. Il n’empêche que le soupçon ne pourra être dissipé – s’il peut l’être – que si la France donne tous les moyens de l’investigation à des chercheurs et des historiens indépendants.

Il y a déjà des certitudes, peu glorieuses, mais hélas conformes aux pratiques de la « Françafrique », comme le soutien, y compris militaire, au régime en place. La « complicité », si l’on peut employer ce mot, avant le 7 avril 1994, date du début des exterminations, ne fait donc aucun doute. Mais pendant le génocide ? Et après ? L’opération « Turquoise », entamée le 22 juin, n’a-t-elle été qu’une mission d’interposition ? Mais que veut dire « interposition » alors que le massacre est au comble de l’horreur ? Les soldats français ont-ils « laissé faire » ? Ont-ils, à Bisesero notamment, « tardé » à intervenir alors que des rescapés tutsis étaient à la merci des tueurs ? Et si tel est le cas, où finit l’impuissance et où commence la complicité ?

Entre la France qui campe sur son discours officiel et un Président rwandais orfèvre en manipulations, la vérité est difficile à établir. Paris doit prendre l’initiative de la favoriser.

Illustration - Rwanda: Le retour d’un débat sans fin - François Hollande et Paul Kagamé, le 2 avril 2014, à Bruxelles (ALAIN JOCARD / POOL / AFP).

Monde
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