L’austérité ? La faute aux 3% !
Sous l’apparence de l’objectivité, les indicateurs annihilent ou faussent le débat. Et promeuvent une idéologie lourde de répercussions sur la vie des citoyens. Il est temps de passer des chiffres aux lettres.
dans l’hebdo N° 1308 Acheter ce numéro

Les coulisses de l’histoire sont parfois consternantes. L’anecdote est narrée dans le très sérieux quotidien la Tribune, en 2010, par Guy Abeille, chargé de mission au ministère des Finances. Nous sommes un soir de juin 1981, et le président Mitterrand cherche une manière de « transmuter le plomb d’une analyse raisonnée de solvabilité en l’or apparent d’une règle sonore, frappante, qui puisse être un mot d’ordre ». En bref, il veut faire passer la pilule de la rigueur à ses ministres. Les hommes de Bercy se mettent au travail : « Pressés, en mal d’idées, se souvient Guy Abeille, nous fabriquons le ratio élémentaire déficit sur PIB, objet bien rond. […] Reste à le flanquer d’un taux. C’est l’affaire d’une seconde. […] C’est bien, 3 %. 1 % serait maigre et de toute façon insoutenable. 2 % serait, en ces heures ardentes, inacceptablement contraignant, et donc vain. » Bien sûr, les économistes mitterrandiens étaient loin d’imaginer qu’ils donnaient naissance à un monstre. Un chiffre canonique guère pourvu de réalité économique. Mais devenu, par on ne sait quel tour de passe-passe, le seuil de déficit maximal – et indiscutable – imposé à tous les pays européens. Les coupes claires dans les dépenses sociales, la privatisation des retraites, la flexibilisation du marché du travail ? La faute aux 3 % !, clament aujourd’hui les dirigeants pour
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