Roland Gori : « L’évaluation crée une servitude volontaire »

Selon Roland Gori, l’usage massif de la quantification dans tous les secteurs, y compris les services publics, entraîne une « prolétarisation généralisée de l’existence ».

Pauline Graulle  et  Lena Bjurström  • 19 juin 2014 abonné·es
Roland Gori : « L’évaluation crée une servitude volontaire »
© **Roland Gori** est professeur émérite de psychopathologie clinique et psychanalyste. Auteur de *la Folie évaluation* (Mille et une nuits, 2011), *la Fabrique des imposteurs* (Les Liens qui libèrent, 2013) et *Faut-il renoncer à la liberté pour être heureux ?* (LLL, 2014). Photo : AFP PHOTO / Kazuhiro NOGI

L’invasion des comparaisons chiffrées dans notre quotidien est productrice de normes qui étouffent le débat démocratique. Roland Gori, initiateur en 2009 de l’Appel des appels, dénonce avec ce collectif d’associations l’idéologie gestionnaire qui s’est emparée des services publics, notamment sous l’ère Sarkozy.

Max Weber parlait du « romantisme des chiffres ». Ne connaissons-nous pas aujourd’hui un véritable fétichisme ?

Roland Gori : L’évaluation a toujours existé. Donner de la valeur à un service rendu ou à une activité est nécessaire et consubstantiel de l’activité même de penser, de juger, de décider. Le problème, aujourd’hui, est qu’il s’agit moins de rendre des comptes par le récit d’une expérience ou par le jugement des pairs et des citoyens que par une quantification tout à fait arbitraire des performances. Et, à partir de là, de donner une note. On confond notation et évaluation. Mais que note-t-on ? Les moyens, et non la finalité des actions. Prenons l’exemple de la recherche. Eugene Garfield a inventé « l’impact factor », qui permet de mesurer la « valeur » d’un chercheur en fonction du nombre de citations de ses recherches dans les

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Temps de lecture : 7 minutes