Medef : Des politiques sous influence

Assurance chômage, compte-pénibilité, loi sur la consommation : l’organisation patronale pilote les discussions et impose sa vision. Sa carte maîtresse restant le chantage à l’emploi.

Ingrid Merckx  et  Pauline Graulle  • 23 octobre 2014 abonné·es
Medef : Des politiques sous influence
© Photo : AFP PHOTO / ERIC PIERMONT

La nuit est tombée sur le 55, avenue Bosquet. Les partenaires sociaux sont au siège du Medef, dans le luxueux VIIe arrondissement de Paris, depuis plus de trente heures. Les négociations achoppent, ce 21 mars 2014, sur la nouvelle convention sur l’assurance chômage entre le patronat (Medef, CGPME et UPA) et les organisations de salariés (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC). « Quand, plus tôt dans la journée, au moment d’aller déjeuner, nous avions demandé un chiffrage des propositions, se souvient Éric Aubin, secrétaire confédéral de la CGT, on nous avait assuré que nous les aurions en revenant. » Sauf qu’à leur retour, point de chiffres, et les discussions sont suspendues. Autour de la table en tout cas. Car elles se poursuivent dans les couloirs « avec certaines organisations potentiellement signataires », précise Éric Aubin.

Des infos fuitent. Pierre Gattaz, patron du Medef s’apprêterait à déjuger Jean-François Pilliard, vice-président du Medef et délégué général de la très influente Union des industries et métiers de la métallurgie (UIMM), au motif que l’accord dont ils discutent ne générerait pas assez d’économies : 400 millions d’euros nets, au lieu du milliard voulu par Pierre Gattaz. L’atmosphère est tendue. Michel Sapin, alors ministre du Travail, téléphone. FO (représenté par Stéphane Lardy) et la CFDT (représentée par Véronique Descacq) héritent du texte qui sera voté. Mais pas la CGT, exclue des tractations off. Quand les discussions reprennent enfin, vers 22 heures, seule la CGT découvre le texte. À minuit passé, la nouvelle convention qui valide la réforme des activités réduites et la mise en œuvre des droits rechargeables obtient finalement la majorité des votes des salariés : CFDT, FO et la CFTC.

Le successeur de Michel Sapin, François Rebsamen, avait le pouvoir de ne pas agréer la nouvelle convention sur l’assurance chômage, comme Martine Aubry en 2001. Il n’en a pas fait usage. Le 25 juin, elle a été agréée. Victoire pour qui ?  « Tout se passe en coulisses avec un gouvernement qui fait semblant de négocier avec les organisations syndicales, commente Éric Aubin. Or, le rapport de force est très clairement en faveur du Medef. Le patronat a pour lui le lobbying et le pouvoir financier. Les syndicats ont le droit de grève et le pouvoir de la rue. » « C’est une illusion de croire que les négociations se font autour de la table de négociation », assène Éric Verhaeghe, ancien membre du Medef en tant que président de l’Apec, et auteur d’ Au cœur du Medef  [^2], où il relate son passage au syndicat des patrons. Selon lui, elles ont lieu bien en amont. « Tout repose sur un “grand équilibre”, une opération au cours de laquelle chacun se demande ce qu’il va donner et ce qu’il va recevoir. » Dans le cadre de la convention sur l’assurance chômage 2014, la CFDT aurait négocié les droits rechargeables en échange de sa signature, le Medef étant pour des droits dégressifs. La CFDT n’a pas souhaité

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Publié dans le dossier
Comment le Medef dirige la France
Temps de lecture : 16 minutes