PS : la tentation de l’épuration

« Il faut en finir avec la gauche passéiste », déclare Manuel Valls dans *L’Obs.* Demandes d’exclusion et invitations à prendre la porte se multiplient rue de Solferino.

Michel Soudais  • 23 octobre 2014
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PS : la tentation de l’épuration

Le Parti socialiste semble subitement saisi d’une frénétique volonté d’exclusions. C’est suffisamment inhabituel pour être relevé. D’autant que ceux à qui Matignon, le numéro un du parti ou le porte-parole du gouvernement montrent la porte n’ont pas fraudé le fisc. Ils ne sont pas mis en examen pour des faits graves. Ceux-là, à l’image de Jean-Noël Guérini, n’ont jamais été inquiétés par Solferino. Non, mais ceux que ses dirigeants aimeraient aujourd’hui voir dehors sont (cela n’a rien d’un hasard) tous des opposants, à des degrés divers, à la politique conduite par François Hollande et Manuel Valls. Qu’il s’agisse de Gérard Filoche, Benoît Hamon ou Aurélie Filippetti.

Mardi , en ouverture de la réunion du bureau national, Jean-Christophe Cambadelis fait savoir qu’il a trouvé « inqualifiables et intolérables » les propos de Gérard Filoche relatifs à la mort de Christophe de Margerie. Le Premier secrétaire du PS l’accuse d’avoir mis « en cause l’éthique du Parti socialiste » , et assure avoir reçu de dizaines de parlementaires la demande de son exclusion. Demande à laquelle il cède bien volontiers puisqu’il annonce sa décision de « déférer » cette figure de la gauche du PS « devant la Haute autorité du Parti socialiste » . Cette instance présidée par l’avocat Jean-Pierre Mignard, ami personnel de François Hollande, peut, après instruction, prononcer des sanctions allant du blâme à l’exclusion.
Cette sanction extrême a déjà la faveur de Manuel Valls. Un peu auparavant en effet, le Premier ministre, interpellé lors des questions au gouvernement par un député UMP sur le tweet rugueux de Gérard Filoche, a clairement fait savoir que ce dernier n’avait rien à faire dans le même parti que lui : « Tous ceux qui ont des mots qui ne sont pas des mots qu’on peut prononcer quand un homme disparaît ne méritent pas d’être dans la formation politique (…) qui est la mienne. » **

Lire > La twittosphère ironise sur les hommages à Christophe de Margerie

Mercredi matin , c’est à Benoît Hamon que le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, montre la porte. La veille, l’ancien ministre s’est abstenu lors du vote sur la partie « recettes » du budget, comme Aurélie Filippetti, qui a quitté le gouvernement avec lui, le 25 août, et 37 députés frondeurs. Sur RTL à 7 h 50, Jean-Christophe Cambadelis juge « déplorable l’attitude » des deux ex-ministres. Il se dit « choqué »  : « Ceci pose un problème éthique. » Parallèlement, Benoît Hamon, qui est à la même heure sur RFI, affirme que la politique de l’exécutif, « parce qu’elle réduit les capacités d’intervention de la puissance publique » , « menace la République ». « Et la menace de la République, c’est la préparation tout droit, comme on s’y prépare pour 2017, d’un immense désastre démocratique » , soit « non seulement l’arrivée au second tour de la présidentielle de Marine Le Pen sans coup férir, mais en plus la menace que demain, elle dirige le pays. » Une analyse politique qui met en rage Stéphane Le Foll :

« Ce qui serait cohérent, c’est qu’il quitte le Parti socialiste si c’est ça. (…) Il va trop loin (…) Là, il y a une limite qui a été franchie. »

Quelques heures plus tard, au cours du point de presse qu’il tient à l’issue du Conseil des ministres, Stéphane Le Foll minimise ses propos, estimant qu’il n’avait pas l’intention de « demander à quiconque de démissionner » . « Il y a des questions qui doivent se poser , maintient-il toutefois. Mais elles se posent à lui » , Benoît Hamon. « C’est à [Benoît Hamon et Aurélie Filippetti] de déterminer, quand il y a des propos d’une telle gravité, s’ils se sentent encore bien parmi nous » , déclarera également un peu plus tard Bruno Le Roux, le président du groupe socialiste à l’Assemblée.

Certes, l’abstention de 39 députés socialistes sur le budget, **** mardi, après des débats animés dans l’hémicycle expliquent en partie cet énervement du pouvoir vis-à-vis de ceux qui osent contester sa politique. À plusieurs reprises le gouvernement s’y serait trouvé en grande difficulté sans les artifices de procédure que lui offre la Ve République, Et, au final, ce n’est qu’avec une très faible majorité, 266 voix contre 245, qu’il a pu faire adopter ce budget.

Mais cette majorité relative (la majorité absolue est de 289 voix) ne semble pas être un problème pour les soutiens les plus ultras du Premier ministre. Au contraire. « Les majorités les plus courtes sont les meilleures » , a tweeté à la proclamation des résultats du scrutin le député de Paris Christophe Caresche, l’un des chefs de file des très droitiers Réformateurs. Une réflexion qui traduit la volonté de Manuel Valls et de ses proches de se passer d’une partie du PS. Et que le chef du gouvernement revendique sans détours dans le long entretien qu’il a accordé à l’Obs , cette semaine :

« Il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s’attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi marxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses. […] Quand la gauche se recroqueville sur le passé, sur les totems, elle cesse d’être fidèle à l’idéal du progrès, et donc à elle-même. »

En finir… L’expression n’est pas à prendre à la légère. Avant même la tenue d’un congrès dont la date n’est pas encore connue, le Premier ministre en fixe l’objectif : purger le parti, passé en trente ans de « touche pas à mon pote » à « touche pas à mon patron », des derniers éléments socialistes qui pourraient encore s’y trouver. La bataille est lancée. Elle sera féroce.

Politique
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