Même pas peur

Le Forum social mondial de Tunis s’ouvre crânement dans l’ombre portée de l’attentat perpétré par des terroristes islamistes au musée du Bardo une semaine plus tôt.

Patrick Piro  • 24 mars 2015
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Même pas peur

Illustration - Même pas peur

Campus El Manar , un camarade libanais s’approche de Gus Massiah, membre du conseil scientifique d’Attac-France et l’une des têtes pensantes du Forum social mondial (FSM). « Et alors, ce matin, la sécurité, ça n’a pas saturé les questions des médias ? » Lundi 23 mars, 10h, conférence de presse des organisateurs du FSM, on compte près de 120 journalistes dans la salle du 2e étage de l’hôtel Africa, sur l’avenue Bourguiba. Après l’édition 2013, c’est la deuxième fois que le forum prend ses quartiers à Tunis. À l’époque, on se préoccupait de la fragile conquête de la démocratie, deux ans après la Révolution de jasmin qui a inspiré les mouvements du Printemps arabe dans le pourtour méditerranéen. En 2015, il faut bien répondre sur la menace terroriste, après les 23 morts de l’attentat du 18 mars au musée du Bardo, principalement des touristes étrangers.

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Non, une seule question, de l’AFP . Abderrahmane Hedhili, l’un des responsables du comité d’organisation tunisien, répond rapidement sur le fond : oui, toutes les mesures sont prises. Il y aurait quatre ministres tunisiens affairés sur le sujet. Quelques heures après la tuerie, le comité avait catégoriquement affirmé sa volonté de maintenir le forum, pour ne pas céder à l’intimidation. Le ministère de l’Intérieur, de son côté, ne demandait pas l’annulation. Pour le pouvoir, la bonne tenue du FSM en 2013 était un gage donné au monde de la normalisation démocratique du pays. En 2015, l’État veut affirmer qu’il n’est pas menacé par l’extrémisme montant. Il n’empêche, difficile d’imaginer les forces de l’ordre en capacité d’assurer un solide cordon de sécurité autour du rassemblement. Lundi 23 mars, un jour avant le démarrage officiel, on entre sans le moindre contrôle sur le campus de l’université El Manar, où quelque 150 militants de la cause climatique tiennent une rencontre internationale pour préparer le sommet de Paris, fin 2015.

« Le FSM est une réponse des sociétés civiles du monde à la situation en Tunisie, un pays où les citoyens ont permis une transition pacifique vers la démocratie » , affirme Gus Massiah, qui identifie le forum comme le plus important rassemblement démocratique de l’espace Maghreb-Machrek : sur un total de 4 336 organisations inscrites, issues de 122 pays, un tiers proviennent de Tunisie, d’Algérie, du Maroc, de Palestine, d’Égypte, de Mauritanie, d’Irak… Le FSM attend quelque 70 000 participants. Plaidoyer vibrant de Messaoud Romdhani, du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux : « La Tunisie a inspiré les mouvements sociaux, mais vous n’imaginez pas en retour combien notre lutte pour la démocratie doit au FSM, où nous avons compris qu’il fallait se rassembler pour gagner des luttes. »

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