Sans-papiers: Le calvaire des coiffeuses du « 57 »

En conflit depuis huit mois, les coiffeuses de «Château d’eau» sont toujours mobilisées pour obtenir la régularisation de leurs droits. Une action est prévue le 31 mars devant le ministère de l’Intérieur.

Nicolas Poitier  • 31 mars 2015
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Sans-papiers: Le calvaire des coiffeuses du « 57 »
© Photo: Manifestation de soutien aux coiffeuses du 57 boulevard de Strasbourg, le 28 Janvier, devant l'Hotel Matignon. CITIZENSIDE / Mannone CADORET

Initialement prévu devant la préfecture de Paris , la manifestation des coiffeuses sans-papiers du 57, boulevard de Strasbourg, a dû se dérouler Fontaine Saint-Michel, le 19 mars, faute d’autorisation préfectorale concernant le lieu. Le principe d’un rendez-vous a été pris avec le préfet, «dans les prochains jours» , a annoncé Rémi Féraud, maire socialiste du Xe arrondissement, lors de ce rassemblement, huit mois après le lancement d’un mouvement de grève et la fermeture du salon de coiffure qu’elles occupent toujours.

Neuf sur dix-huit salariées espèrent leur régularisation. Cinq sur quatorze sans-papiers ont pu obtenir un titre de séjour temporaire renouvelable sous condition d’emploi, après avoir porté plainte pour «faillite frauduleuse, abus de vulnérabilité, travail dissimulé et traite des êtres humains» . Les coiffeuses du « 57 », un des quelque 150 salons du quartier de «Château d’Eau», attendent de la préfecture une protection minimale leur permettant de vivre et travailler légalement sur le territoire durant la toute la durée de la procédure [^2]:
«Pour qu’on puisse s’insérer dans la société française, on tiendra jusqu’au bout , déclare avec détermination Fatou, une des ex-salariées. Pas plus tard que la semaine dernière, la porte du salon a été fracassée. Les menaces de mort sont quotidiennes. La préfecture ne veut rien comprendre.»

Fatou exprime l’ignominie d’une situation d’esclavage :
«Ça fait huit mois que nous avons dénoncé un système mafieux, qui nous exploitait comme des esclaves, en plein cœur de Paris… C’est insupportable ! On n’a pas attendu cinq ans de présence sur le territoire pour le dénoncer.»
La décision de n’en régulariser que cinq est «absurde politiquement» , s’indigne Romain Goupil du Collectif des cinéastes pour les « sans-papiers ». Employées illégalement pour 200 à 400 euros par mois, quand elles parvenaient à se faire payer, les coiffeuses du « 57 » étaient disponibles selon le bon vouloir des clients et de l’employeur. Aux conditions de travail dans des locaux insalubres, dépourvus d’aération, fleurant les émanations chimiques capables de vous tirer des larmes six mois après l’enlèvement des produits, s’ajoute la crainte d’un chantage permanent à la dénonciation.

En mai 2014, elles ont obtenu l’aide de la CGT pour dénoncer à visage découvert l’inconcevable situation et porter la lutte pour le respect du droit du travail. Le 24 juillet, l’entreprise est liquidée, ce qui force le collectif à occuper le salon pour poursuivre la lutte et continuer d’exister médiatiquement. Les menaces de morts ont suivi, comme celles proférées à l’encontre de leurs soutiens, deux militants CGT et un membre du PCF local, en présence d’une équipe de France 3, le 16 septembre. Rémi Féraud «n’accepte pas que les salariés qui ont dénoncé l’exploitation, boulevard de Strasbourg soient victimes d’une triple peine, victimes de l’employeur qui les exploitait, victime du système de “Château d’eau” qui les empêche d’avoir un travail dans un autre salon, et victimes de l’administration qui refuse de les régulariser» .

Les salariés du « 57 » se heurtent pourtant «à l’inertie de la préfecture et du procureur de la république» , mentionne Patrick Henriot, du Syndicat de la magistrature. De son côté, la préfecture refuse d’octroyer un titre provisoire de séjour aux plaignants au motif que le parquet n’a pas «caractérisé» la plainte. Pour que le parquet retienne la plainte, le Syndicat de la magistrature veut «pousser du côté du procureur de la République pour qu’il se décide considérer ce dossier comme celui de la traite d’êtres humains» . Pour Laurence Cohen, sénatrice communiste qui soutient le mouvement, «la décision est politique» .

Le 16 décembre, la députée communiste Marie-George Buffet a interpellé le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, sur ce conflit lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Le ministre a assuré qu’il prendrait «les dispositions qui sont dictées par la loi et qui répondent parfaitement» à la situation. Sans effet visible, pour l’instant. «Comment concevoir qu’un gouvernement qui se prétend de gauche puisse être aussi obtus par rapport à ces femmes. Elles montrent courageusement la voie et elles dénoncent un système mafieux, une partie du patronat voyou qui, en infraction totale avec la législation du travail, ne paient pas leurs cotisations» , réagit Pierre Gayral, du collectif Droits devant !! et de l’Union nationale des sans-papiers.

En cas d’échec, une action est prévue le 31 mars à 17 h 30 devant le ministère de l’Intérieur. Mais, au-delà de cette lutte, le calvaire de ces coiffeuses porte ses fruits, la CGT, par la voix de Francine Blanche, prenant un engagement national pour lutter activement contre le travail illégal.

[^2]: Article L316-1 du CESEDA (Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile)

Société Travail
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