La vieillesse étincelante (« À flux détendu »)

Manoel de Oliveira s’en est allé à 106 ans.

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Si vous vous lancez dans la réalisation de films à la soixantaine passée, prévoyez non seulement de vivre encore quarante-cinq ans plus tard, mais d’être alors toujours en activité. Inenvisageable ? Pas pour le doyen du cinéma, pour qui impossible n’était pas portugais. Manoel de Oliveira, une inflexible volonté dans un corps droit avec un regard doux, s’en est allé à 106 ans, un peu par surprise : au-delà d’une certaine limite d’âge, la mort ne semblait plus avoir de ticket valable pour l’entraîner avec lui. C’est pourtant chose faite depuis le 2 avril. Manoel de Oliveira n’était pas tout à fait débutant à 60 ans. Mais depuis 1929, année où il a réalisé son premier film, un documentaire sur le fleuve Douro, qui baigne sa ville de toujours, Porto, il avait à peine tourné, pour des raisons personnelles ou à cause de la dictature de Salazar. Et c’est bien en 1971, à 64 ans, avec le Passé et le présent, que sa phase créatrice est véritablement lancée, et démultipliée à partir de 1985, à 77 ans, sa dernière saison, longue et flamboyante, où le cinéaste, avec l’appui de son compatriote producteur Paolo Branco jusqu’en 2005, signe ses plus grands films. Ils ont pour titres Val Abraham (1996), la Lettre (1999) ou l’Étrange Affaire Angelica (2010). Aidé par une constitution solide et une physiologie exceptionnelle, Manoel de Oliveira a fait de sa vieillesse une manière de chef-d’œuvre. C’est au cours de cette période qu’il s’est montré le plus curieux, le plus libre, le plus aventureux, toutes qualités qu’on attribue rarement à un octo ou nonagénaire ! Alors que le cinéma était en train de se normaliser, il a fait éclater les formes, osé tous les mystères, s’est attaqué à l’indicible, a créé une poésie inconnue. Plus il a avancé dans la vie, plus Manoel de Oliveira a résisté à tout ce qui aurait pu le contraindre. Avec lui, la vieillesse n’était pas ce qu’on en dit, mais une aubaine et un éblouissement.


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