En marche pour le Festival
Le Hongrois Laszlo Nemes aborde sans finesse les crimes nazis, tandis qu’Anne Roussillon écoute le peuple égyptien et que Nanni Moretti émeut autant qu’il réjouit. Extrait du « Journal de Cannes » de Christophe Kantcheff.
dans l’hebdo N° 1354 Acheter ce numéro

Un film « polémique » représentant les camps de la mort. Un film politique sur la révolution égyptienne et les désillusions qui ont suivi. Et un film universel sur la mort d’une mère. Ainsi débute notre Festival de Cannes.
16 mai
Le Fils de Saul, de László Nemes
Thierry Frémaux a présenté le Fils de Saul, du Hongrois László Nemes, comme un « film polémique ». Ce genre d’annonce d’un scandale à venir donne un goût douteux à l’excitation qu’elle suscite, d’autant plus que l’œuvre en question met en scène un membre d’un Sonderkommando, ces groupes de prisonniers juifs assistant les nazis dans les camps de la mort. On imagine la polémique que le délégué général du festival a envisagée, sinon appelée de ses vœux, en pensant très fort à Claude Lanzmann. Car l’auteur de Shoah défend depuis longtemps l’idée que les camps d’extermination sont irreprésentables. Tandis que László Nemes en propose une vision plutôt frontale, et ce jusqu’à l’intérieur même des chambres à gaz (non quand le Zyklon B est propagé, mais une fois que celui-ci a fait son effet). Pour ce faire, le film fonctionne sur un seul principe visuel. La caméra se focalise sur le personnage principal, Saul (Géza Röhrig), filmé dans un cadre serré, laissant l’arrière-plan dans le flou. Grâce à cette trouvaille de mise en scène, László Nemes semble estimer avoir résolu la question de la représentation. Mais est-ce si simple, quand la trouvaille tourne au « truc », éthiquement suffisant semble-t-il aux yeux du