« Les créanciers veulent tuer le serpent dans l’œuf ! »

ENTRETIEN. Le ministre grec de la Sécurité sociale, Dimitris Stratoulis, explique en quoi le soi-disant «plan d’aide» est inacceptable pour son pays, notamment s’agissant du dossier des retraites.

Angelique Kourounis  • 27 juin 2015
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« Les créanciers veulent tuer le serpent dans l’œuf ! »
© Photo: Angela Merkel, Christine Lagarde, Jean-Claude Juncker, Mario Draghi, François Hollande au sommet de Bruxelles, le 22 juin (EMMANUEL DUNAND / AFP).

Politis. Quelle est la réelle situation des retraites en Grèce ?
Dimitris Stratoulis : Ces cinq dernières années de mémorandum les retraites grecques ont subi des baisses de 35% à 50%. La moyenne des retraites principales est de 665 euros et la moyenne des complémentaires est à 168. 40% des retraités sont sous le seuil de pauvreté et 60% ont des revenus inférieurs à 700 euros par mois. La majorité des retraités sont dans un véritable épuisement social.

Que demandent les créanciers ?
Les créanciers demandent que l’on fasse de nouvelles baisses à hauteur de 1% du PIB, ce qui revient à baisser les retraites de 20%. C’est impossible. Le problème des caisses de retraites n’est pas tant de réduire les paiements que d’augmenter les rentrées. Avec les politiques d’austérité des ces cinq dernières années le chômage  est passé de 9% à 27%, les salaires ont baissé de 35 à 50% avec pour résultat une terrible baisse des cotisations. Il est là le problème de viabilité des caisses de retraites et la solution n’est pas la continuation de l’austérité mais l’application de politiques de croissance pour que des chômeurs entrent sur le marché du travail et cotisent. Pour que petit à petit, via le rétablissement des conventions collectives, le smic et les salaires soient augmentés pour améliorer le pouvoir d’achat, faire redémarrer l’économie et augmenter les rentrées de l’État.

Ces mesures supposent un dérapage des déficits. C’est ce que redoutent les créanciers?
Ils redoutent les dépenses publiques et veulent par tous les moyens réduire encore plus les dépenses sociales. Nous sommes en total désaccord. Le problème n’est pas de réduire ces dépenses mais de les augmenter. On dit non au cercle vicieux de l’austérité qui conduit à plus d’emprunt et à plus d’austérité pour rembourser. On ne veut pas de nouveaux prêts. On veut arrêter les politiques d’austérité pour appliquer un plan de croissance, financer les investissements et restructurer la dette publique, car avec 320 milliards que doit le pays, soit 175% du PIB, non seulement on ne peut pas le rembourser mais en plus on ne peut pas consacrer nos ressources financières à l’investissement.

Le différent est idéologique et non économique

Quel est votre programme précis ?
Nous venons de créer une Caisse des richesses nationales de la sécurité sociale qui va exploiter les richesses naturelles terrestres et maritimes non encore exploitées, les ressources minières, le gaz, le pétrole, si on trouve dans les champs actuellement prospectés, et les biens immobiliers de l’état.70% de ces bénéfices seront investis dans le refinancement de la Sécurité Sociale. Par ailleurs, nous avons pris des mesures très sévères pour la lutte contre le travail au noir et, la semaine prochaine, je dépose un projet de loi qui donne encore plus de moyens aux contrôleurs pour lutter contre ce fléau. Nous avons la volonté politique de le faire. Il faut nous laisser le temps de tout mettre en route.

Et les privatisations demandées ?
Nous avons décidé, plutôt que de privatiser, de mettre en valeur les propriétés de l’État, ses biens mobiliers et immobiliers pour en tirer des bénéfices qui iront aux caisses de sécurité sociales et des retraites.

Les créanciers semblent refuser ce plan jusqu’où êtes-vous prêts à aller?
Si on réussi avec notre programme, les créanciers devront admettre qu’ils se sont trompés de politique ces cinq dernières années. Ils ne sont pas prêts de le faire. Au contraire, ils continuent avec la politique d’austérité pour plusieurs raisons : la première est qu’ils ne veulent pas que la Grèce en réussissant « contamine» les autres pays européens comme l’Espagne de Podemos, l’Irlande du Sin Fein et toutes les autres forces de gauche dans le reste de l’Europe. Ils veulent, de leur point de vue, tuer le serpent dans l’œuf. La seconde raison de leur entêtement est que les politiques d’austérité servent des intérêts spécifiques de multinationales et de grands pays européens, essentiellement l’Allemagne. En nous forçant au nom du remboursement de la dette, à vendre pour une bouchée de pain nos biens, nos services publics, les entreprises publiques d’intérêt stratégique et social, ils permettent à leurs propres sociétés de les racheter à très bas prix. Troisième raison, en forçant Syriza à capituler avec un accord humiliant, ils pensent qu’ils auront convaincu le reste de l’Europe que l’austérité est une voie à sens unique.

Nous ne sommes pas d’accord et nous avons posé quatre lignes rouges : pas de baisses des retraites et de salaires, des excédents budgétaires réalistes, l’assurance d’une mise en place d’un plan de croissance et la réduction de la dette. Mais eux ne veulent qu’une chose : continuer la rigueur car ils veulent faire du cas grec un exemple. Les différences qui nous opposent ne sont pas économiques mais idéologiques.

Monde
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