Les maudits en mots dits

Artaud et la théorie du complot , un texte brûlant qui réaffirme la nécessité de la littérature .

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Vous qui tenez la littérature pour un divertissement, passez votre chemin. Artaud et la théorie du complot (Tristram, 81 p., 5,95 euros) est un texte brûlant, urgent, qui réaffirme la nécessité aujourd’hui de la littérature en des termes vifs et graves. La littérature serait-elle davantage qu’un agrément, des prix de saison et un tableau de meilleures ventes ? Autre chose qu’un astre mort ? À lire Mehdi Belhaj Kacem, pour qui l’enjeu est vital, cela ne fait guère de doute. « Tant que nous produirons, sans cesse, des souffrances absolument inutiles, abominables, écrit-il ; tant que nous saurons que, chaque seconde qui passe, quelqu’un, homme ou animal, se fait torturer, assassiner, tabasser, mutiler, violer, exproprier de son être ; alors la prétention de quelqu’un à écrire, penser, créer sans faire cas de cette souffrance surnuméraire sera nulle et non avenue. » Avant d’arriver à cette injonction, Mehdi Belhaj Kacem aura convoqué la voix intransigeante d’Antonin Artaud. Et pour cause : ce texte, il l’a prononcé l’an dernier lors d’un colloque consacré à l’auteur de l’Ombilic des limbes, aux Rencontres de Chaminadour, dont Pierre Michon est l’initiateur. Pour Mehdi Belhaj Kacem, Artaud est la figure de proue de tous ces persécutés – Rousseau, Nerval, Baudelaire, Hölderlin, Kierkegaard, Nietzsche, Benjamin, Debord… – que la société a suicidés pour excès de lucidité. Kacem passe d’un auteur à l’autre, d’un éclat de vérité aux coups reçus en retour. Les mots dits de Mehdi ressuscitent les maudits. Et par un cheminement qui n’appartient qu’à lui, en s’appuyant sur la pensée de Michon et de Lyotard, il en vient à faire exploser le prétendu « simulacre généralisé » de notre époque postmoderne. Il en appelle au « courage héroïque pour le pathétique, pour le lyrisme : pour les larmes et la souffrance ». La littérature se tient là. Ou n’existe pas.


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