Peut-on défendre les « prolos » sans être dans la galère ?

Dans les quartiers populaires, la « gauche bobo » suscite la méfiance des plus défavorisés. L’examen de conscience est douloureux pour des militants pourtant sincères.

Erwan Manac'h  • 1 juillet 2015 abonné·es
Peut-on défendre les « prolos » sans être dans la galère ?
© Photo : Melnikov/RIA Novosti/AFP

«Bobo ! » Sous des airs gentillets, le sobriquet jette un discrédit sans appel sur ceux qui militent avec les pauvres sans être eux-mêmes dans la galère. Trahison ou sectarisme pour les uns, paternalisme et néocolonialisme pour les autres : le rejet est multiforme et s’exprime de façon très différente en fonction des réalités locales. Dans les quartiers sud de Grenoble, la vie associative dense et animée donne lieu à des moments de cohabitation « compliqués », raconte une militante. Le soupçon de « boboïtude » pèse sur l’action de certaines associations. « Elles sont souvent rattrapées par leur manque de légitimité, car elles ont tendance à parler à la place de ceux pour qui elles se battent », juge Herrick Mouafo, de l’association Modus Operandi. S’il conteste faire partie de la pseudo-catégorie des « bobos », André Béranger, un habitant historique du quartier de La Villeneuve, reconnaît un risque de décalage : « Les choses gravissimes pour lesquelles on se mobilise, on ne les vit pas dans nos tripes. »

Arrivée à Grenoble il y a une dizaine d’années, Claske Dijkema, qui travaille sur la notion de conflit pour Modus Operandi,

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Publié dans le dossier
Derrière l'insulte « Bobo »
Temps de lecture : 6 minutes