Insultes et actes islamophobes après les attentats

Depuis les attentats de Paris, plusieurs actes racistes ont été recensés, tandis que sur Internet, les commentaires haineux se multiplient... autant que les appels à ne pas faire d'amalgame.

Cet article est en accès libre. Politis ne vit que par ses lecteurs, en kiosque, sur abonnement papier et internet, c’est la seule garantie d’une information véritablement indépendante. Pour rester fidèle à ses valeurs, votre journal a fait le choix de ne pas prendre de publicité sur son site internet. Ce choix a un coût, aussi, pour contribuer et soutenir notre indépendance, achetez Politis, abonnez-vous.


C’était à craindre. Depuis les attentats terroristes de vendredi à Paris, la liste des actes à caractère islamophobes s'allonge.

Un vandalisme qui n’a rien de neuf, des actes de ce type avaient également été recensés après l’attentat contre Charlie Hebdo en janvier dernier. «À chaque événement il y a une réplique de ce genre, rappelle le président de l’Association musulmane et cultuelle de la mosquée de Pontarlier, La communauté musulmane est ciblée, mais nous, on essaie de continuer à vivre comme tous les Français.»

Si l’islamophobie ne se limite pas aux lendemains d’évènements tragiques, ceux-ci semblent en revanche être immédiatement utilisés par les militants identitaires pour porter des messages à caractère xénophobe.

  • Samedi à Pontivy (Morbihan), un homme aurait été passé à tabac lors d’une manifestation contre les migrants organisée par un groupuscule régionaliste identitaire, selon l’Observatoire contre l’islamophobie du Conseil français du culte musulman. Le même jour, une quinzaine de personnes portant des drapeaux tricolores ont perturbé un défilé en hommage aux victimes des attentats en criant «Expulsons les islamistes !» , avant de se faire repousser par les manifestants qui ont répliqué «Dehors les fachos !» . Dimanche, à Reims (Marne), des militants d’extrême-droite ont fait irruption lors d’un rassemblement de recueillement devant l’Hôtel de ville, et ont agité une banderole où l’on pouvait lire «On est chez nous, islamisation hors de notre nation» .

Des agressions physiques ont également été recensées.

-Mercredi, à Marseille, quelques heures avant l’agression d’un enseignant d’une école juive, une femme portant un hijab a été attaquée à la sortie du métro Castellane, dans le centre-ville. Un homme d’une vingtaine d’années se serait jetée sur elle, déclarant «C’est à cause de vous ce qui est arrivé» . L’homme lui aurait porté un coup de poing et un coup de cutter au thorax, rapporte La Provence . Les deux agressions ont été dénoncées par le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, dans un communiqué. À noter que le Front national s’est également fendu d’un communiqué dénonçant l’agression de l’enseignant juif mais n’a pas commenté celle de la femme musulmane attaquée plus tôt dans la journée.

Sur Internet, les commentaires haineux ont déferlé, raconte une modératrice de sites de presse en ligne à Bastamag.

«Les internautes dont les propos sont supprimés sont dans leur immense majorité persuadés que l’islam est en lui même porteur de haine et qu’il faut l’interdire en France. [...] D’autres pensent que «les juifs» étaient prévenus des attentats – constat que l’on retrouve quasiment à chaque attentat – et n’en ont pas averti les autorités françaises. Énormément de réactions appellent à fermer les mosquées, les frontières et demandent la création de milices» , écrit-elle.

Plusieurs tweets dénoncent par ailleurs des remarques ou comportements racistes.

Autour des hashtags #StopAmalgame et #StopIslamophobie, ils sont ainsi nombreux à alerter sur toute insulte ou attitude raciste, et à appeler à ne pas tomber dans l'amalgame.

Le magasin Zara de Plaisir dans les Yvelines s’est ainsi retrouvé au cœur d’une polémique samedi, après qu’une internaute ait dénoncé l’attitude de ses vigiles, qui auraient refusé l’entrée du magasin à sa tante, portant le hijab. Mardi, les responsables du magasin ont annoncé avoir présenté leurs excuses à la cliente et avoir démis de leur fonction les responsables.

Un journaliste de 20 minutes note par ailleurs la multiplication de dénonciations à caractères racistes.

Un climat qui inquiète de nombreux responsables religieux. Dans un entretien au Journal du dimanche, le recteur de la mosquée de Bordeaux a ainsi appelé les musulmans à «ne pas rester dans la passivité» et à «participer aux débats» pour «ne pas laisser ces gens-là [les jihadistes] confisquer leur religion» . Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Dalil Boubakeur a lui appelé dès dimanche «tous les musulmans de France à manifester en toutes occasions et en toutes circonstances leur profonde indignation» .

Pour contrer les amalgames ? Mais sur les réseaux sociaux, on s'agace de cette obligation faite aux musulmans de se "désolidariser", comme si cela n'allait pas de soit. Un agacement exacerbé par certaines déclarations d'hommes politiques, comme ce tweet d'Alain Juppé qui a provoqué un tollé.

La Grande mosquée de Paris avait appelé «tous les citoyens de confession musulmane et leurs amis» à venir exprimer vendredi «leur profond attachement à Paris, à sa diversité et aux valeurs de la République» devant ce lieu de culte symbole de l'islam en France. Mais on a appris l'aujourd'hui l'annulation de ce rassemblement, les conditions de sécurité n'étant «pas réunies» , selon un communiqué de la mosquée.

Lire > Manuel Valls redéfinit l'état d'urgence


Photo : Devant le restaurant Le Carillon, Paris, le 15 novembre 2015. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Haut de page

Voir aussi

Articles récents