« Suspendre l’expulsion du bidonville Porte de Clignancourt ! »

L’expulsion est imminente. Une partie des familles roms installées dans le bidonville de la Porte de Clignancourt à Paris ont déjà quitté les lieux. En plein hiver. Sans véritable solution de relogement.

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C’est le plus grand bidonville de Paris. 300 à 400 personnes (de culture rom) vivent depuis près d’un an dans ces baraques de planches et de bâches Porte de Clignancourt. Certaines sont en France depuis cinq ou dix ans et ont déjà vécu plusieurs expulsions. Pour éviter le traumatisme d’une nouvelle expulsion, prévue demain matin 3 février, une partie des familles sont déjà parties. Mais pour aller où ? Une délégation d’habitants du bidonville a monté un projet de relogement avec l’association « les Bâtisseurs de cabanes ». Ils demandent à la mairie du 18ème de les héberger pendant deux mois, le temps de voir ce projet aboutir. Les explications de Julie Heslouin, responsable de campagne contre les discriminations en Europe à Amnesty International.

Y a-t-il encore un espoir de suspendre cette expulsion ?

Julie Heslouin : C’est mal engagé. Les rampes métalliques pour faire passer les bulldozers sont en train d’être installées. Une partie des familles a déjà quitté les lieux pour éviter le traumatisme d’une expulsion à leurs enfants. Mais sans solution de relogement et au risque de les déscolariser. Une vingtaine d’enfants étaient scolarisés sur ce bidonville et de nouvelles inscriptions étaient en cours. Il faut savoir que chaque expulsion entraîne une rupture très dommageable dans l’accompagnement aux droits, à l’instruction, à la santé, à l’emploi, mis en place, dans le temps, par les associations dans les bidonvilles. Lors d’une expulsion, les habitants d’un camp ou d’un bidonville ne sont prévenus de rien. Bien souvent la préfecture se contente de distribuer des petits papiers à certains avec une adresse d’hôtels.

Cette expulsion peut-elle avoir lieu en pleine trêve hivernale ?

Malheureusement, car les habitants de squats et de bidonvilles n’ont toujours pas été intégrés à l’article 10 de la loi Alur interdisant les expulsions de logement en plein hiver. Ce sont pourtant des précaires parmi les précaires. Mais cet article est particulièrement abscons et la loi Alur n’a pas été suffisamment ambitieuse sur ce point.

Mais la circulaire interministérielle d’août 2012 ne conditionne-t-elle pas une évacuation à un diagnostic social avec solution de relogement ?

Cette circulaire n’est pas contraignante et chaque préfet est libre de l’appliquer comme il l’entend ce qui veut dire le plus souvent à minima, la veille de l’expulsion. La vérité c’est que la majorité des préfets préfèrent se limiter à la stricte décision de justice protégeant le droit à la propriété plutôt qu’une circulaire protégeant le droit au logement. En outre, ni le premier ministre ni le ministre de l’Intérieur n’exprime de volonté politique de protéger les personnes. Avec d’autres organisations, nous dénonçons 25 ans de politique d’expulsion des bidonvilles. Ce sont des mesures extrêmement couteuses et désastreuses pour les personnes et le travail social, elles sont aussi discriminatoires. En outre, elles sont inutiles, car les personnes expulsées vont aller se loger ailleurs, dans un autre campement, un autre squat, des voitures... Et il faudra tout recommencer à zéro en matière d’accès aux droits : accès aux soins, à l’école, à un logement. Concernant le bidonville de la Porte de Clignancourt, une réunion a eu lieu ce matin. Certains habitants ont créé une association appelée « les bâtisseurs de cabanes » qui a monté un projet de relogement en habitations modulaires avec des associations comme Romeurope et des architectes. Ils demandent à la mairie du 18ème de les héberger, le temps que ce projet aboutisse. Nous espérons un engagement écrit de la mairie.


Photo: Roms à pied dans une ruelle entre des abris de fortune dans le camp menacé d'expulsion, le 31 Janvier 2016, sur le boulevard Ney dans le nord de Paris. / AFP / ALAIN JOCARD

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