ZIKA: fantasmes, impuissance et insecticides

Depuis des milliers d’années, le genre humain lutte pour éradiquer les moustiques.

Claude-Marie Vadrot  • 29 février 2016
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ZIKA: fantasmes, impuissance et insecticides
Photo JODY AMIET / AFP

Qu’ils soient Tigres, Culex, Aèdes ou Anophèles, non seulement ils agacent en vrombissant et piquant, mais de plus ils transmettent un certain nombre de maladies plus ou moins dangereuses : du paludisme qui a provoqué 438 000 décès en 2015 selon l’OMS, à la Dengue , en passant notamment par le chinkungunya, la fièvre jaune ou la fièvre du Nil qui fait même des victimes aux Etats-Unis. Une lutte inégale puisque ces différentes variétés de moustiques provoquent propagent des maladies et entrainent régulièrement des paniques dans les populations. D’autant plus que les épidémiologistes constatent que le réchauffement et le dérèglement climatique entrainent progressivement les plus virulents de ces insectes vers le Nord avec leurs virus. Provoquant des affections plus ou moins graves que les médecins s’avouent souvent incapables de prévenir ou de soigner.

Alors, depuis l’invention du DDT qui était tellement nocif que son usage a été suspendu dans de nombreux pays après avoir été répandu dans le monde entier par les Américains, y compris en France, et dont l’on retrouve encore ses traces dans les glaces des Pôles, une seule réponse a été apportée à la propagation ou à l’émergence des maladies des maladies qu’ils transmettent : les insecticides à hautes doses. D’où les images, venues du Brésil ou des Antilles, de ces campagnes d’aspersion et de fumigations dont on révèle rarement de quelles molécules ils sont composés. Ce qui revient à empoisonner doucement mais surement des enfants, des femmes et des hommes pour les sauver d’affections que les autorités nationales ou internationales transforment en menaces mortelles alors que nul n’est certain que le Zika ait les conséquences complaisamment répandus. Etant bien entendu que la menace est réputée venir des pays pauvres dans la mesure, ou en France par exemple, on a oublié que si les moustiques sont toujours là, le paludisme faisait autrefois des victimes dans le Sud de la France, dans les Landes ou en Sologne. Les insecticides n’ont pas supprimé les insectes piqueurs et seul l’assèchement des zones humides a éradiqué les maladies dont on annonce régulièrement le retour en omettant de mentionner d’évolution du climat.

En attendant que des apprentis sorciers ne fassent prendre leurs envols à des moustiques génétiquement modifiés, ce qui est imminent, les multinationales fourguent à de nombreux pays des milliers de tonnes d’insecticides dont il n’est pas plus recommandé d’absorber les principes actifs déjà contenus dans les multiples « bombes » en vente libre un peu partout. Parmi ces sociétés de produits chimiques, des firmes comme Bayer, si justement dénoncées sur France 2 par Elise Lucet dans « Cash investigation », vont réaliser de somptueux bénéfices basés sur les fantasmes soigneusement entretenus par l’OMS et les Américains. C’est notamment le cas du Pyroproxyfen utilisé en Amérique latine et élaboré par une société japonaise, Sumito Chemical Co et aussi par Bayer pour l’élimination des puce sur les animaux de compagnie. Un produit sur lequel l’OMS émet des réserves, notamment pour le traitement des cultures de coton, d’orange ou d’amandes. D’autre part il n’est pas exclu que certaines filiales de grandes sociétés chimiques et certains gouvernements n’en profitent pas pour liquider des vieux stocks de DDT.

Comme si la lutte chimique contre les moustiques n’était pas perdue depuis longtemps d’avance face aux conséquences du changement climatique. Alors que les dégâts annoncés pour Zika sont sans commune mesure avec ceux du paludisme qui n’émeut pas grand monde…Tant qu’il n’est pas susceptible de menacer les pays industrialisés.

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