Le projet nucléaire d’EDF en Grande-Bretagne contesté

L’opinion publique anglaise, les journaux anglais et les parlementaires souhaitent une annulation d’un projet à 23 milliards d’euros

Claude-Marie Vadrot  • 25 mars 2016
Partager :
Le projet nucléaire d’EDF en Grande-Bretagne contesté

Après avoir été longtemps relativement indifférents au projet de l’énorme centrale nucléaire que projette de construire EDF dans le Sud-ouest de la Grande Bretagne à Hinkley Point, les Anglais commencent à renâcler devant les réacteurs EPR que la filiale britannique de la société française veut leur « offrir » pour un coût estimé, pour l’instant, à 23 milliards d’euros.

La plupart des grands journaux de l’île, toutes obédiences politiques confondues, ont été les premiers à émettre des doutes sur le projet, en rappelant que la construction de cette centrale « moderne » ayant déjà pris beaucoup de retard en France à Flamanville et en Finlande, il n’était guère avisé ni prudent de faire confiance au « génie » français. En rappelant notamment que chaque année, depuis le début de travaux, le coût des réacteurs EPR français et finlandais augmente.

Cette semaine, de nombreux experts et scientifiques convoqués pour des auditions devant le Parlement britannique, ont confirmé la méfiance qui gagne les politiques, les spécialistes, l’opinion publique et évidemment les associations environnementalistes. Seul, sans convaincre, le PDG d’EDF Grande-Bretagne a manifesté un optimisme béat devant la Commission parlementaire de l’Energie. Alors que de nombreux milieux dénoncent les récents déboires d’EDF et d’Areva et ajoutent que ces derniers avaient menti sur le prix du projet qui traîne dans leur pays depuis 9 ans, sur sa fiabilité et sur les promesses faites au sujet de sa rentabilité. En ajoutant que, vu le prix qui n’est même pas garanti, les seuls à faire une bonne affaire, serait les financiers d’EDF et d’Areva qui comptent sur ce projet pour renflouer leurs sociétés.

Manifestement les experts anglais auditionnés par les parlementaires de Westminster n’ont pas convaincus grand monde. D’autant plus qu’ils ne le sont pas eux-mêmes. A la fois sur le plan financier et sur le plan technologique. Ils soupçonnent fortement et ouvertement EDF de chercher à se refaire une réputation au dépend de la population britannique.

En fait, des écologistes aux conservateurs en passant par la gauche travailliste, les voix réclamant l’annulation de ce projet qui a été qualifié de pharaonique par des parlementaires, sont de plus en plus nombreuses.

Écologie Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Anwar Abu Eisheh : « Aujourd’hui, rester en Palestine, c’est résister »
Entretien 2 juin 2026 abonné·es

Anwar Abu Eisheh : « Aujourd’hui, rester en Palestine, c’est résister »

Celui qui fut ministre de la Culture de l’Autorité palestinienne est né en 1951 à Hébron. Engagé très jeune au sein du Fatah, il a été emprisonné puis contraint à l’exil en France. Il appelle les gouvernements occidentaux à faire pression sur Israël pour que ce pays respecte enfin le droit international.
Par Céline Martelet
Colombie : duel présidentiel entre gauche et extrême droite
Colombie 2 juin 2026

Colombie : duel présidentiel entre gauche et extrême droite

La Colombie s’apprête à vivre un second tour inédit entre gauche et extrême droite. Si Abelardo de la Espriella a déjoué les sondages en arrivant en tête du premier tour, Ivan Cepeda réalise, à gauche, un score historique qui laisse entrevoir une bataille électorale particulièrement serrée jusqu’au scrutin du 21 juin.
Par Sergio Coronado
« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »
Luttes environnementales 29 mai 2026

« Refuser de se positionner publiquement, c’est se ranger du côté des pires destructeurs du vivant »

La militante écologiste Lucie Pinson, fondatrice de l’ONG Reclaim Finance et Prix Goldman pour l’environnement en 2020, lutte auprès des milieux financiers pour les forcer à abandonner les investissements polluants. Pour elle, « il n’y a pas de fatalité, on décide aujourd’hui du monde de demain ».
Par Martin Eteve
Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial
Écologie 29 mai 2026 abonné·es

Au Mozambique, TotalEnergies en fer de lance de l’extractivisme néocolonial

Après cinq années d’interruption, la firme française relance le chantier d’un mégaprojet gazier dans ce pays est-africain. Outre ses dévastations sociales et écologiques, ce dernier a mis sous tutelle un des États les plus pauvres du monde par une des multinationales les plus riches.
Par Martin Eteve