Nouveau débat sur l’ouverture de la PMA

130 médecins emmenés par le gynécologue René Frydman visent à faire évoluer la loi encadrant la procréation médicalement assistée.

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L’intitulé peut surprendre. « Nous, médecins, avons aidé des couples homosexuels à avoir un enfant même si la loi l’interdit. » Calqué sur le « Manifeste des 343 salopes » de 1971, cet appel, lancé dans Le Monde du 17 mars par 130 médecins emmenés par le gynécologue René Frydman, vise à faire évoluer la loi encadrant la procréation médicalement assistée, comme son illustre prédécesseur avec celle interdisant l’avortement. Courageux ? Pas pour Jean-François Mattéi. Selon l’ancien ministre de la Santé, le parallèle avec les « 343 salopes » n’est pas « juste » : « Les signataires étaient des femmes qui exprimaient elles-mêmes leur détresse d’avoir dû avorter dans des conditions très difficiles. Ici, il s’agit de médecins […] qui se sont mis hors-la-loi pour réclamer une évolution législative… » (La Croix).

L’ouverture de la PMA aux couples de femmes est un projet sans cesse reporté depuis 2012. Le gouvernement de François Hollande campant sur la ligne : le mariage pour les couples homosexuels, oui ; la procréation, non. Car, derrière l’ouverture de la PMA, pourrait se profiler l’autorisation des mères porteuses. « Effet de ras-le-bol et d’accumulation face à la souffrance des patientes […] et à notre difficulté à trouver des solutions à leurs problèmes en France », explique René Frydman.Dans le manifeste du 17 mars, quatre points sont évoqués derrière l’égalité des droits : dédommager les donneuses d’ovocytes ; procéder à l’analyse génétique de l’embryon avant transfert utérin ; permettre l’auto-conservation de ses ovocytes ; et le don de sperme pour femme célibataire.

« Gare aux simplifications excessives ! », prévient Jacques Testart, père avec René Frydman du premier bébé-éprouvette. Pour ce biologiste, l’argument principal des 130 signataires – « Ça se fait ailleurs » – est insuffisant. « L’escalade des exigences est argumentée comme une course sans limite. » Il plaide pour l’ouverture d’un « débat citoyen » sur l’assistance médicale à la procréation (AMP), débat qu’il estime monopolisé par des discours libéraux et des praticiens également motivés par le développement de leurs activités. Il met en garde contre les dérives du diagnostic préimplantatoire : depuis 1999, il propose que la vérification d’anomalies génétiques porte sur une seule pathologie par couple afin de ne pas ouvrir la porte à des pratiques eugénistes, quand l’avortement thérapeutique reste « le choix de la femme ». « Le manifeste rappelle que la bioéthique est l’art de poser les limites », souligne Jacques Testart, qui défend une position « de gauche, humaniste et laïque ».


Photo : PHANIE / AFP

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