Nuit debout : Ces violences que l’on nous suggère

À l'issue de la manifestation nationale contre la loi travail ce jeudi 28 avril, Nuit debout prend le relais place de la République, tandis que l'appel «On occupe mieux que ça» était lancé dans l'intention de ne pas rendre la place.

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Il y a une semaine, peut-être plus, un homme s’est interrogé lors d’une AG Nuit debout sur le sens que l’on donne aux mots, prenant l’exemple des qualificatifs utilisés pour définir la police. Dans la presse, rares sont en effet les journalistes qui définissent encore les policiers et les CRS comme des «gardiens de la paix», préférant y voir les «forces de l’ordre». Et si les «violences» sont régulièrement l’objet de vidéos et d’articles journalistiques très partagés sujets à d’innombrables discussions, rares sont ceux qui illustrent l’utilisation de cette force, pourtant devenue quotidienne. Tel était l'objet de l'intervention.

Au lendemain de la manifestation nationale contre la loi travail, rythmée par de nombreux heurts avec les CRS, les «violences» font les grands titres. De même, l’évacuation musclée des manifestants participant à la Nuit debout à Paris ne manque pas de commentaires, y compris de la part de personnalités politiques qui appellent à la fin du mouvement.

Ce jeudi 28 avril, les manifestants sont nombreux. Mais ce soir-là, la préfecture a décidé d’interdire tout départ de cortège à partir de la place de la République, tout comme «le stationnement des véhicules de catégorie N1 (véhicules utilitaires légers)», et «la diffusion de musiques et de bruits par tous moyens sonores» à partir de minuit et jusqu’à sept heure vendredi matin. Une décision allant à l’encontre de l’appel lancé quelques jours plus tôt, «on occupe mieux que ça».

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Sans altercation, Nuit debout se déroule sans problème jusqu'à 22h45 environ. Des dizaines de personnes font alors le tour de la place appelant le reste des occupants à la «manif sauvage», pourtant interdite. Le groupe est ainsi rejoint par d’autres dizaines de personnes. Tous ensemble, les manifestants essaient de s’engager dans les rues adjacentes bloquées par les CRS, sans succès. Une trentaine de minutes plus tard, les premières grenades lacrymogènes sont lancées, dispersant ceux qui avaient pour ambition de quitter la place. Peu de temps après cependant, le calme est revenu.

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Aux alentours d'une heure du matin, la tension monte. La place de la République est toujours occupée et les constructions toujours debout. D'un autre côté, les CRS encerclent toujours le rassemblement. Après quelques sommations, les policiers décident finalement de charger les manifestants sans distinction. L’objectif est la dispersion. Et les tirs, nombreux, visent la foule.

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Ceux qui ont le nécessaire s'équipent : lunettes de piscine, écharpe devant la bouche pour éviter de respirer les gaz et distribution de mouchoirs pour ceux qui n'ont pas ce qu'il faut. Une nouvelle fois, les policiers chargent et finissent par entrer sur la place et dans «le château de la commune», édifice fait de bois, bâti dans la soirée. Les CRS attrapent sans ménagement les contestataires qui protègent le fort, convaincus à coup de tonfa.

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Des scènes de violences se déroulent et vingt quatre personnes seront arrêtées selon la préfecture. Aussi, si elle n'annonce aucun blessé, ni du côté manifestant, ni du côté policier, des images de civils à terre le visage ensanglanté ont été publiées, notamment par Le Parisien TV.

«Démocratie en danger, État policier» résonne sur la place presque déserte tandis qu’un homme à vélo laisse éclater sa colère contre les CRS. Le passant n’en revient pas de ce qu’il voit et s’insurge contre les méthodes d’évacuations utilisées par ceux qui ont pourtant vocation à «garder la paix». Finalement, les manifestants se dispersent non sans avoir essayé de conserver la place et les constructions. Dans les rues adjacentes, deux voitures seront brûlées, des panneaux publicitaires vidés de leurs contenus. Ce sont surtout ces images qui seront retenues. Des images de ces violences que l'on nous suggère.

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