La démocratie, cœur de cible

« Les États sont les otages de 28 banques »

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Toutes les crises actuelles imbriquées, financière et économique, sociale et écologique, ont comme matrice une démocratie bafouée, un pouvoir oligarchique conquis de haute lutte par les « 1 % » situés au sommet de la hiérarchie du capitalisme financier et actionnarial, qui sont parvenus à obtenir les services consentants et intéressés d’une caste de professionnels de la politique disponibles quelles que soient les « alternances ».

Rien de sérieux n’a été fait pour reprendre en mains la finance après 2008, et même la séparation promise des banques de dépôt et d’affaires a fait chou blanc. Sous la pression de qui ? Du lobby bancaire, entendu en haut lieu par des amis politiques appartenant aux mêmes réseaux de l’oligarchie. Idem, avec les mêmes acteurs, pour la taxation des transactions financières et les paradis fiscaux, où les timides avancées sont presque exclusivement à mettre à l’actif des collectifs militants et de leur capacité à sensibiliser l’opinion. Selon François Morin, spécialiste de la finance, « les États sont les otages de vingt-huit banques qui gouvernent le monde ».

La liste est longue des exemples de ce fonctionnement oligarchique anti-démocratique et porteur de crises : secret des négociations sur le traité transatlantique, mensonges d’État sur le projet de Notre-Dame-des-Landes ou sur le nucléaire, « non » au référendum de 2005 sur le TCE renié par les parlementaires en 2008, etc. L’exemple récent le plus stupéfiant est la directive « secret des affaires », votée largement au Parlement européen, majorité des députés socialistes français comprise, alors même que les Panama papers ont révélé l’ampleur du scandale lié à ce secret !

Cette situation peut conduire à un sentiment d’impuissance et au fatalisme. Mais, si l’on prend conscience qu’elle résulte de décisions humaines réversibles prises par des « élites » économiques et politiques ultra-minoritaires, que le système politique anti-démocratique actuel n’est pas la fin de l’histoire, un espoir peut exister d’une reprise en main citoyenne de la démocratie et de ses processus. C’est ce qui se cherche, et parfois se trouve, dans les multiples initiatives collectives « à la base », dont Nuit debout n’est pas le seul exemple, même si sa diffusion est remarquable et encourageante. C’est un réflexe militant d’un autre âge que ces injonctions productivistes à « passer des parlotes à l’action » ou à exiger tout de suite objectifs et programmes. Se doter de règles libérant la parole et facilitant les délibérations, expérimenter des voies démocratiques alternatives et des modes d’action nouveaux n’est pas une perte de temps mais une condition nécessaire pour surmonter la crise démocratique.

Lorsque des paysans se lancent dans la permaculture, il leur faut du temps pour que les sols et la biodiversité retrouvent une richesse qui, à son tour, fera de bonnes récoltes en quantité et en qualité. Il en va de même pour l’émergence d’une permaculture politique appuyée sur la qualité, la diversité et l’entretien de l’écosystème politique et citoyen. Ne mettons pas la charrue avant les bœufs. D’autant que, pour la permaculture, il n’y a pas besoin de charrue…


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