Pourquoi la Turquie est devenue la cible principale de Daech

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Depuis le début de l’année, trois attentats commis sur le sol turc portent la marque de l’organisation État islamique (Daech). Même lorsque ceux-ci ne sont pas revendiqués, ce qui a été encore cas de l’attentat de l’aéroport d’Istanbul, le 28 juin, qui a coûté la vie à 43 personnes, il apparaît que le mode opératoire est celui de l’organisation djihadiste. Pour expliquer ce ciblage, on peut évidemment s’en ternir à des données géographiques. La Turquie possède près de cinq cents kilomètres de frontières avec la Syrie. Ce qui en fait l’ennemi de la coalition, et le membre de l’Otan, le plus facile à atteindre. Ce qui permet non seulement le passage de groupes terroristes, mais aussi l’installation de cellules sur le sol turc. Mais l’explication n’est sans doute pas suffisante.

La politique étrangère d’Ankara, ses ambiguïtés dans le conflit syrien, fournissent une autre grille de lecture. À l’évidence, la Turquie paye son revirement après une longue période de complaisance à l’égard du groupe djihadiste. Obsédé par la question kurde, le régime de Recep Tayyip Erdogan, animé par le sinistre adage « les ennemis de mes ennemis sont mes amis », s’est d’abord montré très conciliant avec Daech, accueillant ses blessés dans ses hôpitaux du sud-est anatolien. Ankara soutenait plus ou moins discrètement Daech à la fois hostile aux Kurdes et à Bachar Al-Assad. Plus grave encore, la Turquie a longtemps fermé les yeux sur l’écoulement par son territoire de marchandises qui alimentaient les caisses du mouvement djihadiste, en premier lieu le pétrole. Tandis que l’AKP, au pouvoir, refusait de classer Daech comme mouvement terroriste.

Mais la Turquie a opéré un revirement à la suite du double attentat kamikaze qui a causé la mort de 103 personnes en octobre 2015, dans le centre d’Ankara. Si aujourd’hui, la Turquie combat férocement Daech, et notamment les cellules installées dans le pays, les complaisances passées ont laissé des traces. Malgré les 4 000 arrestations revendiquées par Ankara dans les milieux djihadistes, les attentats, de l’avis de tous les observateurs, risquent de se multiplier.

Du côté de l’enquête, la police signale des avancées. Treize suspects, dont trois étrangers, ont été arrêtés depuis le mardi. Selon un responsable de la police, les kamikazes venaient de Russie, d’Ouzbékistan et du Kirghistan. Le quotidien Hürriyet rapportait que l’un d’eux serait un combattant tchétchène venu de Rakka, le fief de Daech en Syrie. Le massacre de l’aéroport d’Istanbul est aussi une catastrophe économique pour le pays. En se faisant exploser sur le point de passage de tous les visiteurs venant en Turquie, les terroristes portent un coup terrible au tourisme à la pire période de l’année.


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