Les profs face aux attentats

Aux enseignants parfois seuls ou démunis dans leurs classes, le pédagogue Philippe Meirieu ouvre des pistes de réflexion et de travail loin des carcans.

Ingrid Merckx  • 24 août 2016
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Les profs face aux attentats
© Photo : JEFF PACHOUD / AFP.

Y aura-t-il un tournant après l’attentat de Nice ? La prise de conscience que la France est particulièrement visée par ceux qui se revendiquent comme soldats de Daech et qu’il faut entamer des changements profonds dans notre société va-t-elle s’étendre de quelques chercheurs-lanceurs d’alerte à une population plus large ? Ceux qui alertaient déjà sur les conséquences néfastes que pouvaient avoir, dans le contexte post-Charlie, la charte de la laïcité placardée comme un règlement obligatoire dans les écoles, la demande aux enseignants de signalement d’élèves n’ayant pas respecté la minute de silence ou montrant des signes de radicalisation, ou la manière d’enseigner le fait religieux en sont aujourd’hui pour leurs frais. Que n’a-t-on fait depuis janvier 2015 ?

Les profs se sont retrouvés souvent bien seuls et démunis dans leurs classes, se débrouillant comme ils pouvaient face à des réflexions et des questionnements qui les dépassaient, comme tout le monde. Les attentats appellent un sursaut éducatif, alerte Philippe Meirieu dans cet ouvrage à paraître le 25 août : Éduquer après les attentats.

L’école républicaine n’a pas tenu ses promesses. « Faute de pouvoir faire vivre, en son sein, la liberté, l’égalité et la fraternité, elle avait décrédibilisé son projet aux yeux mêmes de ceux qu’elle prétendait émanciper ». Les éducateurs ont été ébranlés : « Comment faire entendre raison à celui qui n’a pas choisi la raison ? » Et le pédagogue de rappeler ce qu’il appelle le « moment pédagogique » : « épreuve inévitable et nécessaire, sur laquelle se brisent toutes nos velléités dogmatiques mais qui ouvre la voie à l’inventivité ».

Que peuvent inventer les enseignants après ces salves d’attentats ? Quelle pédagogie quand l’éducation doit faire face à l’attraction que peut exercer un passage à l’acte chez certains et la béance qu’il peut laisser chez d’autres ? Philippe Meirieu a réuni des textes écrits ces deux dernières années pour le Café pédagogique, site d’information sur l’éducation « innovante ». Auto-critique nécessaire de l’institution : comment tolérer la dérive des continents scolaires ? Enseigner l’histoire critique et le libre arbitre. Pratiquer des débats, des approches interdisciplinaires, impliquer l’imagination. Construire du collectif. Apprendre le droit. Choisir des rituels scolaires. Apprendre à distinguer le savoir et le croire, former à la responsabilité…

C’est à un mélange de concret et de référence théoriques et philosophiques qu’invitent ces vingt chapitres qui ont le mérite d’aller droit au but et de donner à la fois du grain à moudre et des pistes de travail. Au-delà de l’école peut-être…

Culture
Temps de lecture : 2 minutes
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