Le difficile sauvetage de la banque de semences d’Alep

Aggravée par la guerre et menacée par le réchauffement climatique, une partie de la conservation des espèces nécessaires à l’agriculture de la région syrienne se fera désormais au Liban.

Claude-Marie Vadrot  • 10 octobre 2016
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Le difficile sauvetage de la banque de semences d’Alep
© Photo : KARAM AL-MASRI / AFP.

À Alep, tout disparaît sous les bombes de Poutine et de Bachar el-Assad : les enfants, les femmes, les hommes, les universités, les écoles, les monuments et tout ce qui faisait la richesse et le renom de cette grande ville du nord de la Syrie. C’est aussi le destin de la superbe et incomparable banque de gènes et de graines avec laquelle les scientifiques syriens espéraient reconstruire une agriculture à même, avec d’anciennes espèces, de lutter contre les effets des sécheresses dont le pays est victime depuis plusieurs années.

Non seulement cette précieuse banque a été touchée par la guerre, mais depuis quatre ans, les quelques 141 000 semences différentes de la banque d’Alep sont devenues inaccessibles aux chercheurs ou aux agronomes. Et donc aux nécessaires expérimentations en Syrie et dans la région. D’ailleurs, une partie des scientifiques qui en assuraient la conservation a dû fuir Alep ou la Syrie. Les autres ont disparu dans la tourmente de la guerre civile.

Alors, depuis le 29 septembre, le Centre international pour les recherches agricoles (ICARDA) qui gérait la banque d’Alep, a entrepris de la reconstituer à l’abri de la guerre. En l’installant à Terbol au Liban, dans la vallée de la Bekaa. Une région où les conditions climatiques permettent de reprendre les expérimentations et les multiplications nécessaires à la préservation à long terme.

La reconstitution en cours a été permise grâce à des transferts entrepris, au péril de leur vie, par des scientifiques et par des apports nouveaux. Le travail des sauveteurs a déjà réussi à rassembler une trentaine de milliers de graines d’espèces et de variétés qui permettront un jour de relancer en Syrie ou en Irak, une agriculture en perdition, faute de semences, et aussi de paysans contraints à l’exil, intérieur ou extérieur.

Les espèces sauvegardées, syriennes ou provenant d’autres régions menacées par l’aridité et le manque de pluie liés au réchauffement climatique, deviennent de plus en plus précieuses. Sont particulièrement importantes pour l’avenir, les semences originaires du Croissant fertile qui s’étendaient des marais de Bassora, en Irak, à l’Égypte. Notamment des variétés de blé, d’orge, de lentilles, de pois ou de fourrages. La majorité des variétés mises en réserve à Alep et maintenant au Liban, sont la résultante de milliers d’années d’adaptation à des conditions climatiques extrêmes. C’est pour cette raison que leur préservation est essentielle pour l’avenir agricole de la région.

Mais les chercheurs restent inquiets pour l’avenir : la région, proche de la Syrie, où ils se sont repliés, est toujours menacée de désordres qui pourraient être fatals à leur travail. D’autant plus que leurs nouvelles installations et le manque d’argent ne leur permettra, à terme, de mettre à l’abri qu’une centaine de milliers de semences d’espèces et de variétés. D’ailleurs, à l’origine, en 1977, ils avaient transféré leur modeste banque libanaise à Alep pour fuir les dangers de la guerre civile qui ravageait alors le Liban…

Monde Écologie
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