Mélenchon et les communistes

Rarement en tout cas le paysage politique aura été aussi instable à cinq mois d’une élection présidentielle.

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On connaît la phrase fameuse du cardinal de Retz : « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. » Mitterrand en avait fait un principe de vie, et Hollande, une ligne de conduite hésitante. Mais, d’ambiguïté point trop n’en faut. Au risque de devenir confusion. C’est, hélas, ce qui menace les communistes après un week-end fertile en rebondissements. Pierre Laurent avait pourtant tenté une amorce de clarification à la veille de la conférence nationale en appelant le parti à se prononcer pour la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Mais, dès le lendemain, il était désavoué par ses cadres qui optaient majoritairement pour une candidature « maison » [^1]. Résumées ainsi, les choses seraient encore assez claires. Mais le dernier mot est loin d’être dit. D’abord, parce que les militants doivent aussi se prononcer à la fin du mois. Ils pourront soit conforter leur secrétaire national, soit le désavouer une seconde fois. Et même après cette large consultation, on n’en aura pas fini avec un processus de décision qui s’apparente décidément à une interminable course d’obstacles. En effet, certains des partisans d’une candidature autonome du PCF ne cachent pas qu’il s’agit surtout de faire pression sur le leader de « la France insoumise » pour qu’il se montre plus amène à l’égard de ses anciens partenaires. Après quelques concessions – qu’il ne fera pas, on peut en prendre le pari ! –, Mélenchon incarnerait cette candidature « commune d’alternative à l’austérité » dont rêvent encore les communistes.

Sans compter que Pierre Laurent lui-même a ouvert une autre fenêtre d’incertitude en laissant entendre qu’une victoire d’Arnaud Montebourg à la primaire socialiste du mois de janvier pourrait « changer la donne ». Autrement dit, tout remettre en cause. Le secrétaire national du parti a eu beau affirmer que les communistes n’attendraient pas « la fumée blanche de la primaire pour arrêter leur position », c’est un peu ça quand même. En vérité, quels que soient les ressentiments, souvent justifiés, que les communistes peuvent éprouver à l’égard de Mélenchon, ils n’ont plus guère de solutions. Une candidature autonome aurait le double inconvénient de mettre en évidence la faiblesse du parti et d’apparaître comme une entreprise de division. Torpiller la candidature Mélenchon pour réaliser à la fin du compte un score microscopique risquerait d’être très mal perçu dans l’électorat de la gauche radicale. Ce serait, pour jargonner à la mode, « perdant-perdant ».

L’hypothèse Montebourg peut paraître plus attrayante. Elle sera aussi interprétée comme plus opportuniste. Et encore faut-il que l’ancien ministre du Redressement productif l’emporte contre le candidat officiel du Parti socialiste, que ce soit François Hollande ou Manuel Valls. Ce qui est loin d’être fait. Et puis, les communistes n’ont pas intérêt à entrer en rivalité directe avec des candidats de « la France insoumise » pour les législatives, qui sont finalement leur principal objectif. Rarement en tout cas le paysage politique aura été aussi instable à cinq mois d’une élection présidentielle. Même si nous en savons un peu plus depuis lundi avec la victoire de Yannick Jadot à la primaire écolo. Homme de talent et de conviction, le candidat d’EELV va imposer des thèmes écologistes dans la campagne, d’une autre façon que Mélenchon. Il le fera sûrement en attaquant la fameuse « planification écologique », jugée trop centralisatrice et étatique.

Mais quoi que l’on dise et que l’on pense, c’est Jean-Luc Mélenchon qui occupe la position de force. Il a su préempter l’espace politique à gauche du PS. Le voilà devançant François Hollande dans les sondages. On peut regretter, comme Gérard Filoche, que les choses se soient passées comme elles se sont passées, c’est-à-dire sans trop d’égards pour ceux qui rêvaient d’une candidature unitaire de la gauche antilibérale. Mais la déploration n’est plus de saison. Et, à la décharge de Mélenchon, il faut dire que sa stratégie ne résulte pas simplement d’une « mauvaise manière » faite à ses partenaires, mais d’une véritable analyse qui a conclu à l’obsolescence de la forme « parti ».

Sa « révolution citoyenne », avec son processus constituant, peut être critiquée. Ce rapport direct au peuple peut même susciter quelques craintes. La démarche est gaullienne. Elle comporte le risque de pousser à l’extrême la logique institutionnelle de la Ve République. Ce qui serait un grand paradoxe. Critiquable donc, mais à niveau où se situe le projet. Mélenchon a puisé son inspiration dans l’expérience de la révolution bolivarienne de Hugo Chavez qui, dit-il, a « libéré [son] imaginaire politique » [^2]. Il y a là-dedans beaucoup à prendre, et beaucoup à laisser. Mais le mouvement est pour l’instant de ce côté. Il mobilise les énergies quand tout le reste du paysage est désespérément statique. Hormis peut-être Emmanuel Macron. Mais c’est une autre histoire.

[^1] Voir l’analyse de Michel Soudais, pp. 4 et 5.

[^2] Lire à ce sujet Le Choix de l’insoumission, le livre d’entretien de Marc Endeweld avec Jean-Luc Mélenchon (Le Seuil, 372 p., 18 euros).

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À l’heure où nous avons bouclé ce numéro, nous ne connaissions évidemment pas le résultat de l’élection américaine. Nos lecteurs peuvent trouver sur notre site Politis­.­fr nos informations et nos analyses sur cet événement.


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