Faucheurs de chaises : La BNP sur la sellette

Au procès de Jon Palais, poursuivi pour « vol en réunion », la banque opte pour la politique… de la chaise vide.

Politis  • 11 janvier 2017
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Faucheurs de chaises : La BNP sur la sellette
© IROZ GAIZKA / STR / AFP

Dax, première ville thermale de France, dort en hiver. Lundi 9 janvier, elle s’est offert une feria singulière devant le tribunal : 2 000 militants, venus de tout le pays, aux cris de « c’est pas les faucheurs qu’il faut juger, c’est l’évasion fiscale en bande organisée ! ». Le prévenu : Jon Palais, de l’association basque Bizi. BNP Paribas le poursuit pour « vol en réunion » : le militant a revendiqué une des quarante opérations de « réquisition de chaises » d’agences bancaires en dénonciation de l’évasion fiscale favorisée par les banques. Eva Joly, la magistrate spécialisée dans les affaires de corruption, mène la plaidoirie sur le fond. « Voilà un militant non-violent et défenseur de l’intérêt général attaqué par une multinationale aux 6,7 milliards d’euros de bénéfices en 2015, dont un tiers dans des paradis fiscaux – un business model ! » Dépassée, BNP Paribas ne demandait finalement que l’euro symbolique de dédommagement et avait opté pour la politique… de la chaise vide. Une absence déplorée par le tribunal. Le procureur, qui indiquait avoir bien compris l’essence de cet « emport » de chaises, a demandé la relaxe du prévenu. Délibéré le 23 janvier.

« Mon combat engagé il y a vingt-cinq ans devient majoritaire et gagnable ! », s’est réjouit Eva Joly dans un Carreau des Halles bondé. José Bové, lui, voit dans cette mobilisation, orchestrée par Action non-violente COP 21, Attac France, Bizi !, Les Amis de la Terre et Solidaires finances publiques, un élan capable d’imposer la lutte contre l’évasion fiscale dans le débat présidentiel. Le matin, une table ronde avec Yannick Jadot (EELV), Charlotte Marchandise (la Primaire.org), Pierre Larrouturou, Corinne Morel Darleux (pour Jean-Luc Mélenchon), Sandrine Charnoz (pour Benoît Hamon) se félicitait d’un accord « à 98 % » avec les positions des associations. Philippe Poutou (NPA) dénote un peu : « C’est le capitalisme qu’il faut renverser. »

Économie
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