Turquie : La faute de Paris

Meeting à Metz : est-il opportun d’encourager une dérive dictatoriale en Turquie ?

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La décision française d’autoriser le ministre turc des Affaires étrangères à tenir un meeting à Metz pose problème. Laissons de côté les critiques de la droite, qui invoque, comme l’a fait François Fillon, « la rupture flagrante de solidarité européenne ». Ni les Pays-Bas ni l’Allemagne, qui ont interdit le même meeting sur leur territoire, n’ont demandé leur avis aux autres capitales. Ce qui choque renvoie à la dérive autoritaire du régime d’Ankara et à la nature du référendum pour lequel le ministre est venu faire campagne. En effet, les Turcs sont appelés à voter le 16 avril sur une réforme constitutionnelle autorisant le président Recep Tayyip Erdogan à intervenir dans tous les domaines, y compris judiciaire. « L’équilibre entre le judiciaire, l’exécutif et le législatif sera rompu », estime Kemal Kiliçdaroglu, chef de l’opposition, pour qui cela signifierait « qu’il n’y a plus de démocratie ».

Il s’agirait en fait d’institutionnaliser la situation créée depuis le coup d’État manqué du 15 juillet. Une aubaine pour Erdogan, qui a fait arrêter plus de 43 000 personnes et limoger ou suspendre plus de 100 000 autres, dont beaucoup d’universitaires, de journalistes et de magistrats qui n’avaient rien à voir avec le coup d’État.

La question qui se posait à la France n’était donc pas de savoir si le meeting constituait ou non une « menace pour l’ordre public » à Metz, mais s’il était opportun d’encourager une dérive dictatoriale en Turquie. Cela au moment où Ankara accentue sa répression à l’encontre du peuple kurde. S’agissant des « grands principes », souvenons-nous que Paris, en 2013, avait un temps refusé le survol du territoire par l’avion du président bolivien Evo Morales, au prétexte qu’Edward Snowden, l’informaticien à l’origine des révélations sur l’espionnage américain, aurait pu se trouver à bord…


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