Incendies : la planète qui se réchauffe brûle ses forêts...

Les spécialistes des feux de forêts s'alarment de la violence et de la multiplication des incendies. Ils les lient au réchauffement climatique et estiment que les Canadair ne servent plus à rien pour les éteindre.

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Au moment où les grands incendies de la planète commencent à diminuer d’intensité, quand ils n'ont pas tout bonnement fini pas lasser la presse, de nombreux scientifiques forestiers ou spécialistes de « feux sauvages » s’émeuvent. Ils s’expriment notamment dans les colonnes du dernier numéro d’une revue spécialisée qui fait autorité dans ce domaine : International Journal of Wildland Fire [1].

Non seulement ils s’alarment devant le nombre de plus en plus élevé de victimes en Europe, en Sibérie, en Amérique du Nord ou en Asie, mais ils insistent sur une réalité qui leur parait désormais incontournable : ces feux ou leur puissance sont tous directement liés au réchauffement climatique et « comme la planète va continuer à se réchauffer le risque est grand qu’il y ait régulièrement de grands incendies sur tous les continents ». Une façon d’annoncer que les centaines de morts de cette année, dont une centaine au Portugal et sans doute plus en Californie, se répéteront.

140 incendies le même jour

Le cri d’alarme le plus percutant est celui de Mike Flannigan, directeur du département feux de forêt de l’université d’Alberta au Canada qui raconte :

Le 7 juillet dernier, par une chaude et sèche journée, la situation était juste folle puisque que ce jour-là 140 incendies faisaient rage dans la province voisine de Colombie-Britannique, entraînant la proclamation d’un état d’urgence. À la fin de cet été, un millier de feux auront ravagé le Canada en anéantissant 1,5 million d’hectares. Ces feux avaient été si grands et dégageaient une telle chaleur que même la lutte aérienne devint inutile. C’était comme vouloir éteindre un feu de camp en crachant dessus. Cela ne servait qu’à faire de belles photos pour les médias.

Comme beaucoup d’autres spécialistes, Flannigan ajoute : « Il est de plus en plus évident que le changement climatique est en train de disséminer les feux de forêt partout dans le monde. Globalement, la saison des incendies à augmenté de 20 % entre 1978 et 2013, en raison de l’allongement des périodes chaudes et sèches dans un quart des forêts du monde. Dans l’Ouest des États-Unis, par exemple, la “saison des feux” s’est allongée de cinq à sept mois en trente ans. »

Même le Groenland brûle

Ce mécanisme des températures et de la sécheresse extrêmes est le même que celui qui a provoqué l’année dernière et cette année les pires incendies connus par la Sibérie depuis 10 000 ans. Il se retrouve dans les terribles incendies qui ont ravagé l’Australie mais également touché de façon importante le Chili, la Suède, la Chine et des pays africains. Cette année, même le Groenland a connu des feux.

Le rédacteur en chef de la Revue internationale des feux forestiers, Stefan Doerr, géographe de l’université du Pays de Galles insiste sur le rapport entre la recrudescence des incendies et l’évolution du climat : « Si la température augmente, la probabilité que des feux se déclarent, qu’ils s’étendent plus facilement et qu’ils soient plus intenses, relève d’une constatation physique de base. Et un monde plus chaud c’est aussi un monde plus venté fournissant un véritable ventilateur aux flammes. »

Dans son dernier rapport publié en 2014, qui ne fut guère entendu, le Giec ne disait pas autre chose. Il expliquait que dans un monde plus chaud, et connaissant aussi de plus longues sécheresses, se déclareraient de plus fréquents et plus importants feux de forêts. Il signalait les zones qui connaîtraient en premier des catastrophes : le bassin méditerranéen, l’Est africain, les États-Unis dont l’Alaska et le Canada. Il n’avait pas cité la Corse à nouveau ravagée depuis samedi par un incendie.

[1] Revue internationale des incendies forestiers, www.publish.csiro.au/wf


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